Festival Zoofest - Des mots, des images, deux hommes et un piano

Le Cirque des mirages se veut un spectacle expressionniste et fantasmagorique.<br />
Photo: Zoofest Le Cirque des mirages se veut un spectacle expressionniste et fantasmagorique.

C'est la beauté de l'éclectisme: entre deux spectacles déroutants parlant sexe crûment, un stand-up propre comme Billy Tellier et de l'humour découpé à la tronçonneuse, le nouveau festival montréalais Zoofest peut aussi faire apparaître des objets scéniques à la profondeur et à la poésie forcément détonante.

La preuve se joue encore pour quelques soirs au Studio Théâtre de la Place des Arts, où depuis la semaine dernière un duo musical et expressionniste a élu domicile. Son nom? Le Cirque des mirages. Sa proposition? Unir la puissance des mots, l'intelligence d'un texte avec les lignes cinématographiques d'un piano, pour la construction d'un univers aux accents sombres, romantiques et plein d'images.

L'entrée en scène donne le ton. Du rideau dans le noir émerge Yanowski, maître de l'assemblage des mots, qui s'approche sur le devant de cette petite scène tel un personnage sorti tout droit des mondes du réalisateur américain Tim Burton. Il a les yeux noirs. Il donne l'impression de prendre à partie les spectateurs et se met à chanter avec une voix orageuse, dans une théâtralité surlignée.

Le trentenaire a de la gueule. Il chante la Belle Époque — avec tous ses bas — dans des tonalités rappelant Brel, Montant, Piaf, qui viennent avec force s'accrocher aux mélodies de Fred Parker, le deuxième membre de ce duo inclassable et étrangement savoureux importé de France par Zoofest.

Ni vraiment cabaret, ni vraiment tour de chant ou soirée de poésie, un peu théâtre, mais très musical, ce voyage au coeur des mots serait finalement facile à faire entrer dans le mouvement sous-culturel gothique avec sa trame de fond torturée mais débordante d'amour et d'humanité. Une alchimie renforcée par un piano visiblement inspirée par les morts et les cimetières, ceux où reposent les Berg, Debussy, Satie ou Prokofiev, jamais très loin des textures sonores offertes par ce tour de mots à contre-courant, mais pas vraiment à contretemps.