Festival Zoofest - Quand l'agent fait la farce

Samuël Côté incarne Thierry Ricourt.<br />
Photo: Zoofest Samuël Côté incarne Thierry Ricourt.

Il a le regard un peu malade, se déplace avec un certain grotesque, maltraite son faire-valoir, est un brin homophobe, raciste, inculte et il a forcément tout pour réussir.

Thierry Ricourt est aussi agent spécial de l'Interpol à Lyon, en France, et en deux fois 40 minutes environ, il se frotte depuis deux jours sur la scène du Café Cléopâtre à Montréal, à une série d'enlèvements liés à un parfumeur parisien, mais aussi à la reine d'Angleterre et à son fils Charles. Pour le simple plaisir de la bouffonnerie absurde, avec substance toutefois.

On prévient: l'objet théâtral franchement décalé est présenté jusqu'au 24 juillet dans la cadre du nouveau festival Zoofest, qui veut faire de la découverte et de la mise en scène des talents émergents sa marque de commerce. Et, avec une énergie étonnante, des textes particulièrement bien ficelés et une poignée d'acteurs au charisme étonnant, ces Incroyables aventures de Thierry Ricourt — c'est le titre de la chose — se présentent déjà comme une oeuvre riche, mais étriquée dans ce cadre dont elle pourrait rapidement s'extirper.

Écrites par l'énergique Marie-Lise Chouinard, une finissante de 24 ans de l'École de théâtre du collège Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse, ces aventures transposent l'univers des séries policières des années 1970 — The Avengers, The Man from U.N.C.L.E et compagnie — dans une formule mi-cabaret mi-théâtre de rue où le vaudeville se fraye un chemin dans un décor qui se résume à deux chaises et une planche à repasser.

En prise parfaite avec son époque, ce Thierry, campé par un Samuël Côté convaincant, cultive bien sûr l'insensé, le saugrenu, l'art de la réplique stupide mais assassine qui porte souvent plus de sens qu'elle ne le laisse présager. Il s'amuse aussi avec les codes de la télévision, du théâtre et surtout de la bande dessinée, dont quelques gros traits apparaissent régulièrement sur scène, pour remettre en question au passage une certaine vacuité du présent, le conformisme, la solitude. Entre autres.

Sa distribution solide — on mentionne ici Marie-Lise en Velours, chanteuse pour intermission, Gabriel Dagenais en parfumeur efféminé, François Morin en assistant à-plat-ventriste et David Leblanc en riche célibataire désespéré — fait aussi le reste pour assurer à ce Thierry Ricourt, personnage qui a fait son apparition il y a deux ans dans la pièce On ne vise que deux fois du Théâtre de la première scène, un avenir autrement plus durable que celui d'un de ces compagnons de scène qui tombe parfois sous les «balles» d'un pistolet à pétard.