Ça va barder au Café Cléopâtre

Thierry Ricourt, tel qu’en lui-même<br />
Photo: Source Zoofest Thierry Ricourt, tel qu’en lui-même

Dernier bastion de résistance d'une «Main» qui n'existera bientôt plus que dans les pièces de Michel Tremblay, le chic Café Cléopâtre accueillera cette semaine, dans le cadre du Zoofest, Les Incroyables Aventures de Thierry Ricourt. Ce théâtre d'action découpé en épisodes, remarqué l'année dernière par l'équipe Rozon au petit bistro-théâtre L'Escalier, transporte ses pénates pour une dizaine de soirs dans le grand temple montréalais de l'effeuillage. «On m'a proposé quelques salles, raconte l'auteure et metteure en scène Marie-Lise Chouinard, mais quand je suis entrée ici et que j'ai vu les divans, les bars, la scène centrale conçue pour le strip-tease, j'ai réalisé à quel point ça s'insérait parfaitement dans mon univers.»

Un univers de bric et de broc que celui-ci, où s'amalgament des influences aussi diverses que Dalida, les Simpson et Gérard Depardieu. Thierry Ricourt est un agent spécial de l'Interpol qui parcourt le monde et les années 60-70 pour défendre l'humanité. Courageux et brillant, il manie l'alexandrin comme personne (conséquence de son passage dans une grande école de théâtre) tout en possédant «une morale de merde et un tas de choses à se reprocher», lance en s'esclaffant sa créatrice.

Cousin d'OSS 117, ce nouveau James Bond peur-de-rien? «Les gens font souvent le rapprochement, mais ce personnage m'habitait avant la sortie du premier film avec Jean Dujardin», confie Chouinard. Elle insiste également sur le caractère spécifiquement théâtral de l'entreprise: «Sur scène, avec deux chaises et une planche à repasser, je peux transporter l'action au palais de Buckingham ou faire surgir un hélicoptère, et le public embarque. Je n'ai pas les imposants moyens du cinéma, remplacés ici par la précision et la virtuosité des acteurs.»

Réglé au quart de tour


En empruntant aux codes archiconnus du cinéma d'action et d'espionnage, on s'engage tout de même dans la voie de la parodie, non? «Je joue sur plusieurs degrés, évidemment, mais le grand défi reste de faire ressentir l'humanité des personnages, que le spectateur s'y attache. C'est de la déconnade qui n'exclut pas l'émotion.» Le regard critique ne se poserait donc pas sur la forme, mais bien sur des thèmes que Marie-Louise Chouinard juge universels: «La corruption, la violence policière, l'amour, la jalousie... Des spectateurs français, algériens et marocains sont revenus nous voir à plusieurs reprises l'année dernière; le ton et les références étant accessibles, on s'adresse à tous les francophones!»

Sur scène, Chouinard incarne Velours, chanteuse-accordéoniste accompagnée de son groupe, Les Rubis. Avec cet alter ego féminin de Ricourt, elle remportait trois prix lors de la finale 2009 de Cégeps en spectacle. La chanson française s'y nourrit de théâtre: «Chaque morceau se présente comme une petite pièce, avec des récitatifs, des montées, d'abrupts changements de ton», explique la diplômée de l'Option-théâtre du collège Lionel-Groulx.

Velours sort parfois dans la rue afin de rameuter des spectateurs pour la présentation d'un épisode des aventures du beau Thierry. On navigue ici entre plusieurs formes de théâtre populaire, du café-concert au burlesque, et l'interaction avec le public fait partie intégrante de la représentation. «Tout est réglé au quart de tour, du générique d'ouverture aux nombreuses scènes de cascades; mais comme mes comédiens improvisent avec aisance, ils savent exploiter l'imprévu et l'accident.» Marie-Lise Chouinard ne cache pas son affection pour son équipe constituée d'amis rencontrés à l'école de théâtre: «Je suis presque mariée à chacun d'eux, on partage tout; le travail se fait toujours dans le plaisir, ce qu'on essaye aussi de traduire sur scène.» L'avertissement est lancé: ça va barder.

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Collaborateur du Devoir