Montréal complètement cirque - Cents peurs et sans tabou

Tabù, dernière création de la troupe britannique NoFit State
Photo: Mark Robson Tabù, dernière création de la troupe britannique NoFit State

Le cirque est né sur la piste, mais la troupe galloise NoFit State fait un pied de nez magistral à la tradition en offrant pour sa première venue en Amérique une envolée explosive et complètement hallucinée, entre ciel et terre.

Tabù, dernière création de la troupe britannique NoFit State, devrait à coup sûr être un des points d'orgue de la programmation touffue de Montréal complètement cirque et provoquer par la même occasion quelques torticolis.

C'est que la compagnie, devenue le chouchou du cirque contemporain au Royaume-Uni, a fait de l'occupation de l'espace aérien, et de l'espace tous azimuts, sa marque de commerce. Le public, complètement mobile, assiste donc à ses performances en déambulant librement sur la piste affranchie de ses sièges.

Créée en 1985 par cinq artistes dans la foulée du Live Aid, la troupe s'est fait connaître en multipliant les performances échevelées, perpétrées dans des entrepôts ou des lieux insolites. Coqueluche du Off Avignon en 2009, la compagnie a reçu des critiques élogieuses avec son cirque déjanté.

Cirque fusion

Cirque fusion, mêlant acrobaties, théâtre, musique, danse, chant et mime, NoFit State excelle dans l'amalgame de numéros terrestres et aériens, moulés sur mesure aux lieux qu'elle investit. Si le gros de l'action se passe en l'air, les acrobates, cigares au bec ou bol de spaghetti à la main, multiplient les entrées insolites entre les spectateurs sur le plancher des vaches. Rebelles sans cause, ils apparaissent sur des engins à roulettes ou sur des monocycles, pendant que d'autres s'exécutent au trapèze.

Tom Rack, cofondateur et directeur artistique de Tabù, décrit ainsi la touche délinquante de NoFit State. «It's highly choreographed chaos», dit-il avec ironie. «Le spectacle se passe autant au-dessus, devant que derrière les spectateurs, qui ne savent jamais vraiment où se poursuivra l'action. C'est comme une montagne russe, avec des creux et des bas.»

Pour décrire ce curieux objet circassien, le très réputé journal britannique The Guardian dépeint ainsi la troupe: «Le Cirque du Soleil... sans Disney et sans désinfectant.»

Dans l'extrait présenté aux médias, on a pu goûter à un numéro inusité d'équilibre sur un mât ballant, emporté par un câble vers le ciel ou le sol grâce au contrepoids d'un acrobate.

Atmosphères et ambiances

Si NoFit State fait dans la performance, il carbure aux atmosphères et ambiances tordues plus qu'aux prouesses techniques. Portés par la mise en scène de Firenza Guidi, ces singuliers Gallois ont pondu une création qui s'articule autour du plus secret des tabous: la peur. Peur du vide, du ridicule, du feu, de l'inconnu... «Quand on pense à Tabù, on pense tout de suite au sexe, à la drogue et tout ça. Or j'ai plutôt pensé à la peur, parce que c'est l'émotion primaire la plus extrême, celle dont on ose souvent le moins parler», explique Guidi.

Tabù annonce donc son cortège de démons, de folies et de peurs qui nouent l'estomac. Mais de tout ça émerge un désir de métamorphose, de dompter la bête, assure la metteure en scène, qui s'est librement inspirée de l'oeuvre Cent ans de solitude, de l'auteur Gabriel García Márquez.

Guidi préfère d'ailleurs parler d'artistes plutôt que d'acrobates, un terme qu'elle associe à une vision éculée du cirque. «Chaque performeur apporte son souffle et quelque chose d'humain au spectacle. Les artistes ne sont pas que des machines à jongler, sans histoire et sans vie. Chez NoFit State, chaque être amène sur scène ses vulnérabilités, et ses habiletés sont souvent traitées avec ironie», dit-elle.

Livré sur un rock explosif, entre souffle et flammes, entrecoupé de mélopées au saxophone et à l'accordéon, Tabù, rappelle la metteure en scène, annonce à chaque présentation sa part de mystères. (www.dailymotion.com/video/x5kmsl_tabu_creation)

Les Confins

Dans un tout autre genre, la troupe de Québec Les Confins présentera quant à elle Rup-ture(s) à l'Espace Go, une toute première création qui tente elle aussi de casser le moule du cirque traditionnel. Créée par un ancien gymnaste, étudiant en philosophie et féru de littérature russe, la troupe Les Confins plonge avec Rup-ture(s) au coeur de relations extrêmes, inspirées par les essais du philosophe Léon Tchestov. «Ce qui m'intéresse dans le théâtre, ce sont les revirements de situation et comment un événement peut tout faire basculer», explique Sylvain Genois, fondateur et l'un des cinq interprètes de ce cirque qui déploie sangles, équilibres, trapèze et jonglerie entre théâtre et danse.

Le nom du spectacle annonce des ruptures amoureuses, mais aussi des ruptures de ton et d'ambiance, assure Sylvain Genois. «Les Confins, ça veut dire aller aux limites de quelque chose et ça résume beaucoup ce qu'on tente de faire avec le cirque. La rupture, c'est aussi le début de quelque chose d'autre, un recommencement», dit-il.

Parrainé par Ex Machina (Robert Lepage) et mis en scène par Kevin McKoy, Rup-ture(s) fait de la physicalité du cirque un prétexte pour effleurer les tensions entre humains. Enveloppé par une musique percussive et les échantillonnages du musicien Frédéric Lebrasseur, inspiré de Chostakovitch et de Rachmaninov, Rup-ture(s) tente même quelques envolées narratives du côté de Shakespeare et de Camus. Bref, du cirque qui émousse les yeux autant que le cerveau.


1 commentaire
  • Cecilou - Inscrite 20 juillet 2010 14 h 53

    Cents peurs et sans tabou

    Bonjour,

    Pouvez-vous m'expliquer pourquoi il y a un pluriel au mot "cent" dans le titre "Cents peurs et sans tabou".
    Merci pour votre réponse.
    Bonne après-midi.

    Cecilou