Festival Montréal complètement cirque - La confrérie circassienne débarque à Montréal

Dès le 8 juillet, le festival Montréal complètement cirque démarre en trombe avec la présentation sous chapiteau d’I.D., la dernière création du cirque Éloize.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Dès le 8 juillet, le festival Montréal complètement cirque démarre en trombe avec la présentation sous chapiteau d’I.D., la dernière création du cirque Éloize.

Le Cirque du Soleil a conquis le globe (et un coin d'espace), Éloize et les 7 Doigts de la main ont foulé les scènes du monde entier et les finissants de l'École nationale de cirque essaiment à travers la planète. C'est cette fois au tour de Montréal d'inviter les circassiens du monde entier dans son salon, pendant les 22 jours de Montréal complètement cirque, le benjamin des festivals montréalais.

«On est partout sur la planète. C'était maintenant à nous d'accueillir le monde», constate Stéphane Lavoie, directeur de la Tohu et partenaire du nouveau festival Montréal complètement cirque, heureux de voir aboutir une idée lancée il y a plus de dix ans.

À l'époque, lors du Sommet sur la jeunesse tenu à Québec, l'idée d'une Cité des arts du cirque est esquissée. À deux jets de pierre du Cirque du Soleil, on rêve de créer un lieu de diffusion unique au cirque, une école professionnelle de cirque et un événement rassembleur. La suite est connue: la Tohu est née, l'École nationale de cirque (ENC), installée dans le quartier Saint-Michel, attire aujourd'hui des jeunes du monde entier. Ne manquait plus que le festival tant espéré pour compléter le puzzle de départ.

Le poupon des festivals

En 2008, avec le retrait du Grand Prix de Formule 1, la Ville de Montréal, en pleine déprime, se cherche un projet dynamisant pour la métropole et tend l'oreille à l'idée d'un festival de cirque. Avec les 25 ans du Cirque du Soleil, les 30 ans de l'ENC, les 15 ans du Cirque Éloize et les sept chandelles des

7 Doigts de la main, l'alignement des planètes était parfait. «Tout le monde s'est regroupé et les discussions ont vite démarré. En fait, on se demandait pourquoi ça n'existait pas déjà!», lance Nadine Marchand, directrice du dernier-né des festivals.

Sans promesse de subventions, les organisateurs tentent malgré tout l'automne dernier d'attacher les ficelles et d'obtenir la venue de troupes du monde entier pour juillet. Dix mois plus tard, Québec et Montréal ont consenti près de 5 millions en trois ans au poupon des festivals. Le fédéral boude toujours l'organisation pour l'instant, aucun de ces programmes ne cadrant avec la nature du nouveau venu. Le privé, lui aussi, se fait désirer, même si l'événement pourrait un jour s'avérer un filon de rêve.

Après avoir reçu pas moins de 80 propositions du monde entier, les têtes chercheuses de Montréal complètement cirque ont choisi 13 heureux élus, dont 10 seront présentés en première nord-américaine, un peu partout dans la ville.

«Montréal complètement cir-que, ça décrit bien l'idée que le festival est complètement décentralisé, même si la Tohu produit l'événement. On rêve qu'il y ait un jour des chapiteaux partout à Montréal et que chaque quartier s'approprie ce festival», soutient Nadine Marchand.

Dès le 8 juillet, le festival démarre en trombe dans le Vieux-Port avec la présentation sous chapiteau d'I.D., la dernière création du Cirque Éloize, présentée en Corée l'an dernier. Cirque urbain, mêlant break dance et acrobaties, les acrobates d'I.D. s'élanceront sur la musique de Jean-Phi Goncalvès et Alex MacMahon. La Tohu offrira sa piste à Tabù de Nofit State, une troupe singulière du pays de Galles dont les créations aériennes se déroulent sans gradins, au-dessus du public. Carpe Diem, une troupe de trapézistes québécoise, multipliera les voltiges et offrira des séances d'initiation à l'art du trapèze à la Tohu.

Les petites formes foisonnent au programme lors de cette première édition, avec plusieurs tandems clownesques et trios acrobatiques venus notamment de la Belgique, de l'Allemagne, de la France et du Québec. La rue Saint-Denis, dans le Quartier des spectacles, sera le théâtre chaque fin de semaine d'une performance dans la rue, façon flashmob (à 17h et 21h30 ), à laquelle se joindront une cinquantaine d'artistes de cirque. Plusieurs arrondissements, dont Hochelaga-Maisonneuve, Verdun et Sainte-Geneviève, ont déjà concocté une brochette d'événements pour compléter les divers spectacles à l'affiche dans leurs quartiers.

Entre cirque, danse et théâ-tre, on pourra sillonner les zones peu fréquentées par le cirque traditionnel en compagnie de troupes comme la compagnie belge Les Mains sales ou Les Confins de Québec, qui présentent leur toute première création, Rup-ture(s), ou les jongleurs atypiques d'EAEO dans M2.

Montréal complètement cir-que se veut festif, viral, communautaire et surtout familial, explique Nadine Marchand. «Des tas de gens passent maintenant l'été à Montréal, et juillet s'avérait un moment excellent.» Ce filon n'exclut pas, assurent les producteurs, la présentation de propositions audacieuses et plus contemporaines. À part le cirque décoiffant de la troupe belge Les Mains sales, tous les spectacles sont destinés aux 7 à 97 ans, dans des formes aussi variées que l'art clownesque, le mime, le cirque opéra et même le cirque flamenco! Le quartier général sera le théâtre Olympia, qui abritera la billetterie générale et les cafés-causeries destinés au grand public et aux mordus de la piste.

On mise beaucoup sur cette première mouture, notamment pour imposer la venue à Montréal de diffuseurs et programmateurs de spectacles du monde entier pour faire de la métropole une étape obligée dans leur parcours annuel. S'attirer la faveur des diffuseurs, ce sera faire de Montréal une des plaques tournantes des arts du cirque et un des arrêts incontournables avant le grand festival d'Édimbourg. «Il était convenu que nous ne devions pas empiéter sur Édimbourg, qui est le plus grand festival de toutes disciplines au monde. Je crois qu'il y a réellement un engouement du milieu du cirque envers Montréal. C'est là que les compagnies veulent aller, car c'est là que l'école de cirque se trouve, que les entraîneurs se trouvent», affirme le directeur de la Tohu.

Avant que les rêves ne deviennent réalité, il faudra voir si les Montréalais adopteront ce nouvel événement, qui vient s'ajouter à l'offre gargantuesque de festivals et d'événements qui jalonnent l'été. «Montréal va être une ville de cirque quand elle sera plus que le siège de compagnies et que les citoyens seront aussi complètement cirque», dit Stéphane Lavoie.

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