Présence autochtone a 20 ans - Terres en vues a raison de fêter en 2010

Martine Letarte Collaboration spéciale
André Dudemaine, président et fondateur de Présence autochtone
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir André Dudemaine, président et fondateur de Présence autochtone

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les premières années ont été difficiles pour Présence autochtone, fondé peu de temps avant l'éclatement de la crise d'Oka. Vingt ans plus tard, en grande partie grâce à la persévérance de son président et fondateur, André Dudemaine, le festival jouit d'une pleine reconnaissance.

Le volet extérieur du festival Présence autochtone prendra son envol à la Place des festivals le 4 août. Pratiquement une consécration, aux yeux d'André Dudemaine.

«Cela suppose une reconnaissance, un lien de confiance avec les instances publiques. La Place des festivals est certainement l'endroit le plus visible à Montréal en matière de diffusion culturelle. D'autant plus que ce sera en plein dans la saison touristique», indique-t-il.

Pourtant, diriger Présence autochtone s'annonçait plutôt ardu pendant les premières années.

«Lorsque la crise d'Oka a éclaté, ça nous a grandement ralentis. Lorsqu'on parlait du festival et de nos ambitions, disons qu'on n'avait pas le momentum. Le rapprochement des cultures était nécessaire, mais ce n'était pas à l'ordre du jour. Il fallait convaincre», se souvient-il.

Dans l'aventure de Présence autochtone, ces années ont été clairement les plus difficiles pour André Dudemaine.

«Il se passait des choses importantes à Présence autochtone, mais les gens faisaient la sourde oreille. On sentait qu'on agaçait. Le climat n'était pas accueillant. Cela a été très difficile à briser. C'était probablement hérité des blessures de 1990. Ce sont des choses qui sont longues à guérir.»

Lentement mais sûrement

L'équipe de Présence autochtone a tout de même pu rapidement recueillir des appuis. Des alliances qui lui ont permis de croître d'année en année. Au début, c'est le milieu communautaire, d'où provenait André Dudemaine, et les artistes qui ont permis au premier festival de voir le jour.

«Des groupes communautaires nous avaient permis d'utiliser leurs bureaux et leurs téléphones. Nous avons organisé un spectacle-bénéfice avec, entre autres, Richard Desjardins, pas encore très connu à l'époque, Alanis Obomsawin et Florant Vollant. C'est ce qui a permis au premier festival Présence autochtone de se tenir. C'était un événement plutôt confidentiel à l'époque. Nous avions très peu de moyens et ç'avait duré seulement un week-end», explique M. Dudemaine.

L'ONF est très rapidement devenu partenaire et la Ville de Montréal a suivi rapidement.

«L'arrivée de Pierre Bourque, en 1994, a vraiment été décisive. Il avait l'idée d'augmenter les activités culturelles dans la ville, alors que, avant lui, on pensait plutôt qu'il y avait trop de festivals, alors c'était difficile de s'imposer en tant que nouveau joueur. Pierre Bourque avait aussi une grande ouverture sur le monde et une sympathie pour les Premières Nations.»

Présence autochtone a ainsi pu prendre de plus en plus de place dans l'espace public. En 1996, les premières activités extérieures du festival ont été organisées, ce qui a valu à la petite organisation de faire la une d'un grand quotidien montréalais avec ses danseurs traditionnels.

«C'était dans The Gazette. Notre première fois, on s'en rappelle!», s'exclame le fondateur.

L'année suivante, le volet extérieur a eu plus de visibilité en s'installant à la place Émilie-Gamelin. Peu de temps après, Présence autochtone a eu l'honneur d'accueillir Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de littérature en 2008. Et 2001 a marqué un tournant pour l'équipe de Présence autochtone, avec la commémoration de la Grande Paix de Montréal de 1701.

«Le gouvernement provincial avait investi pour permettre la tenue d'un ensemble d'activités extérieures pendant tout l'été. Pour l'occasion, nous avons commencé à travailler avec Pointe-à-Callière. Ces activités ont été importantes puisqu'elles ont ramené dans la mémoire collective la Grande Paix de Montréal, qui était à l'époque complètement oubliée. Ç'a permis de remettre de l'avant le rôle des Premières Nations dans l'émergence de Montréal comme métropole des Amériques», explique M. Dudemaine.

L'année 2005 a aussi été marquante grâce à la venue de Jorge Sanjinés, cinéaste bolivien engagé.

Le cinéma et le reste

Le volet cinéma est d'ailleurs toujours important dans la programmation de Présence autochtone, un festival pourtant très multidisciplinaire.

«En fait, au début, l'idée était d'organiser un festival de cinéma non compétitif. On voulait présenter des films et organiser des échanges par la suite, mais les autres volets se sont greffés naturellement et très rapidement», se souvient l'organisateur.

D'abord, il y a eu l'organisation du spectacle-bénéfice dès la première année, puis les arts visuels. «Nous étions en train de nous préparer pour les projections à l'ONF et un peintre algonquin est arrivé avec ses tableaux sous le bras. Il nous a demandé s'il pouvait exposer dans le hall. Ç'a commencé comme ça», raconte André Dudemaine.

Le festival est devenu toujours de plus en plus multidisciplinaire. «On a compris que les artistes des Premières Nations avaient besoin de montrer leurs oeuvres et d'échanger avec le public.»

Les cinéastes ont aussi rapidement manifesté le désir d'organiser une compétition de films. «Avoir la chance d'obtenir des récompenses est bon pour le CV. Ainsi, Présence autochtone est rapidement devenu un lieu de promotion de l'excellence artistique, et plus seulement un lieu de dialogue interculturel», remarque M. Dudemaine.

Dans la gang

Auprès des instances et du grand public, Présence autochtone a gravi les échelons d'année en année, lentement mais sûrement.

Dernièrement, André Dudemaine a fait les manchettes aux côtés notamment de Gilbert Rozon, grand manitou de Juste pour rire, lors de l'annonce de la création du Collectif de festivals montréalais, qui mènera une initiative de promotion commune à l'échelle internationale.

Peut-on affirmer que Présence autochtone fait dorénavant partie des grands?

«Des grands, peut-être pas, mais nous sommes certainement dans la gang! Nous allons présenter une image unie au niveau international, un peu comme le fait Édimbourg. Nous prendrons l'année pour étudier et réfléchir sur la stratégie à adopter, et certainement que, l'an prochain, nous allons pouvoir mettre ça en application.»

Le 20e anniversaire sera donc sous le signe des grands projets pour Présence autochtone.

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Collaboratrice du Devoir