Coup d'envoi de Présence autochtone - Un grand concert à eXcentris inaugure un vingtième rendez-vous annuel

Martine Letarte Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le coup d'envoi du 20e anniversaire de Présence autochtone sera donné à eXcentris, le 17 juin, avec Samian, Élisapie Isaac, Robert Seven-Crows et Mary-Jane Lamond, sous la direction de Michel Faubert. Pour réaliser ce grand événement, les organisateurs du festival peuvent compter sur deux partenaires de taille: Espace musique et CBC Radio 2.

«C'est la première fois que nous nous associons avec Présence autochtone. Le festival célèbre son 20e anniversaire et l'UNESCO a proclamé 2010 l'Année internationale du rapprochement des cultures. C'étaient deux bonnes raisons qui nous donnaient le goût de nous associer», indique Isabelle Aubin, déléguée aux communications pour Espace musique.

L'engagement est de taille pour les deux chaînes radio qui produisent le spectacle. Elles sont allées chercher Michel Faubert pour la direction artistique et Érik West-Millette pour la direction musicale afin de concocter un spectacle d'ouverture où les musiques autochtones traditionnelles et contemporaines rencontrent les cultures francophone et anglophone du Canada.

Plus d'un an à mijoter

L'organisation de ce concert, qui sera ouvert au grand public, n'a pas été prise à la légère.

«On a commencé à parler du projet l'an dernier et on a pris le temps qu'il fallait. L'idée, c'était de rassembler des autochtones et des non-autochtones, québécois et canadiens, qui ont une démarche identitaire dans leur travail artistique. C'est ça, le ciment du spectacle, et c'est épaulé par un amour pour les cultures des Premières Nations», indique Michel Faubert.

Les organisateurs sont donc allés voir du côté des Maritimes et ils ont lancé l'invitation à Mary-Jane Lamond, de l'île du Cap-Breton.

«Je l'ai connue lorsqu'elle chantait avec Ashley MacIsaac, précise M. Faubert. Maintenant, elle vole de ses propres ailes. Elle chante en gaélique des milling songs, des chants de travail que les femmes d'origine écossaise chantaient lorsqu'elles filaient l'étoffe. C'est drôle, parce que souvent, quand je fais écouter ses chansons à des gens, plusieurs croient que ce sont des chants autochtones. Il y a un lien à faire.»

Robert Seven-Crows participera aussi à l'événement. «Il est micmac et je l'ai connu comme conteur, mais c'est aussi un chanteur et un musicien. C'est vraiment quelqu'un d'exceptionnel, très engagé dans sa communauté et dans le monde. Il s'est d'ailleurs beaucoup engagé auprès des jeunes en difficulté et il se servait du chant et des tambours dans sa démarche», indique M. Faubert.

Fidèles au festival Présence autochtone depuis déjà quelques années, Élisapie Isaac et Samian feront également partie de la fête. «Ils n'ont pas besoin de présentation!», s'exclame Michel Faubert, qui, en tant que conteur et musicien, participera également au spectacle.

Il est bien heureux d'accueillir la relève. «Samian, par exemple, a une démarche extraordinaire. Il s'est lui-même renommé et s'est réapproprié la langue de ses ancêtres, l'algonquin. Il est enraciné dans sa culture, mais aussi résolument moderne.»

Musique autochtone en 2010

Musique des Premières Nations moderne? Les clichés ne semblent plus avoir leur raison d'être lorsqu'on regarde ce qui se fait actuellement dans le domaine artistique chez les membres des communautés autochtones. En fait, qu'est-ce que la musique autochtone en 2010?

«Je crois qu'on comprend maintenant que, lorsqu'on parle des autochtones, il y a différentes cultures là-dedans. Auparavant, on ne connaissait pas beaucoup les cultures et les langues et on avait tendance à penser que c'était toute la même affaire», remarque Michel Faubert.

Il donne l'exemple de Samian, qui chante en algonquin, d'Élisapie Isaac, qui fait du folk en inuktitut, et de Florent Vollant, qui est innu.

«Les Québécois commencent vraiment à connaître les différentes cultures autochtones et à être capables de nommer les différentes nations du Québec. On peut mettre des visages sur ces peuples. C'est entre autres attribuable à cette importante explosion culturelle qu'on a connue chez différents peuples autochtones ces dernières années», croit le directeur artistique.

Michel Faubert estime d'ailleurs que les Québécois, par leur histoire, sont prédisposés à être sensibles aux enjeux culturels et linguistiques des peuples autochtones.

«Ce sont de très petites communautés qui veulent garder leur langue, leur culture et leur identité. Si c'était nous, les Québécois francophones, qui étions dans une situation comme ça, nous serions très inquiets. On peut facilement les comprendre», croit-il.

Interactions

Lors de ce grand événement, on alternera entre la musique, le chant et le conte. Chaque artiste interprétera son propre répertoire, mais les autres ne se gêneront pas pour venir y faire des interventions.

En creusant un peu, le spectacle permettra également de mettre en lumière différentes ramifications entre les artistes sur scène. Par exemple, entre Mary-Jane Lamond et Robert Seven-Crows. «On interprétera de la musique de Lee Cremo, violoneux micmac de l'île du Cap-Breton, qui s'inspire de la tradition gaélique», révèle le directeur artistique.

Le spectacle sera animé en français, en anglais et en cri par Caroline Nepton-Hotte et Benjamin Masty, de CBC North.

Ceux qui ne pourront assister au concert à eXcentris, boulevard Saint-Laurent à Montréal, auront l'occasion de l'entendre à la grandeur du pays en se branchant sur CBC Radio 2 le lundi 21 juin à 19h, le 24 juin à midi sur CBC North Radio et le samedi 3 juillet à 20h sur Espace musique.

Les internautes auront aussi accès à un contenu spécial à l'occasion de ce grand concert. Grâce à la participation du Wapikoni mobile, studio ambulant de formation et de créations audiovisuelles pour les communautés autochtones, radio-canada.ca/musique proposera dès le 21 juin une sélection de capsules audio-vidéo réalisées pendant les préparatifs du spectacle.

À cbc.ca/video, dès le 18 juin, les internautes auront accès notamment à trois clips inédits tournés dans les coulisses du spectacle inaugural.

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Collaboratrice du Devoir