Expositions au Musée d'art contemporain de Montréal - Le modernisme passé au peigne fin

Pour Entre deux actes II, l’Irano-Allemande Nairy Baghramian a collaboré étroitement avec la designer de meubles française Janette Laverrière.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Pour Entre deux actes II, l’Irano-Allemande Nairy Baghramian a collaboré étroitement avec la designer de meubles française Janette Laverrière.

Au moment où l'architecture actuelle regorge de formes héritées du modernisme, le Musée d'art contemporain de Montréal (MACM) rassemble une fournée d'artistes qui déboulonnent au passage quelques mythes à propos de ce grand mouvement du XXe siècle.

Lignes d'épure, matériaux bruts, fonction en avant tout: le modernisme annonçait avec lui des promesses d'habitations et d'objets plus égalitaires, branchés sur leur environnement, affranchis d'artifices.

Plusieurs décennies plus tard, le coup d'oeil jeté à ce mouvement phare par les dix artistes réunis dans Les Lendemains d'hier apporte un tout autre éclairage. «Plusieurs artistes s'inspirent aujourd'hui du modernisme dans leurs oeuvres. Il n'y a là aucune nostalgie ni critique, il y a un regard éclairé, qui a pleine conscience des ratés et des contradictions de ce mouvement», a expliqué hier Lesley Johnson, commissaire de l'exposition.

L'exercice écorche ainsi au passage quelques icônes du genre, dont l'emblématique Farnsworth House de Mies van der Rohe (1941-1945), aussi appelée la maison de verre. Dans une installation plus qu'explicite, Inigo Manglano-Ovalle souligne à grands traits le paradoxe entre les utopies caressées par van der Rohe et l'expérience réelle vécue par ses occupants. L'histoire révèle que la dame très riche qui a habité la Farnsworth ne s'y est jamais accoutumée, se sentant épiée de toutes parts.

Mêmes contradictions mises en exergue dans le projet photographique du Vancouvérois Arni Haraldsson, qui jette un regard décapant sur une des figures-clés du modernisme anglais, l'architecte Arnö Goldfinger. Ces célèbres tours de béton, assimilées au «brutalisme» par ses détracteurs, ont inspiré des logements sociaux aujourd'hui cintrés de murs et de barbelés. Ils ont même servi de décors aux personnages décadents de L'Orange mécanique de Stanley Kubrick. Le nom de l'architecte controversé a même inspiré le personnage du méchant dans le film de James Bond, Goldfinger.

«Kubrick a choisi de camper ces personnages dans des habitations fondées sur les idées utopiques du modernisme qui ont, en fait, parfois créé des divisions sociales», a expliqué hier l'artiste.

Des photographies de l'artiste John Massey, dans la série Phantoms of the Modern, aux maquettes de Tobias Putrih inspirées des dômes de Buckminster Fuller, le modernisme est scruté sur toute la ligne.

Dans la foulée, le MACM présente aussi jusqu'en septembre Attaché, de David K. Ross, sorte de métaphore sur l'entreposage des oeuvres, et cinq installations filmiques de Runa Islam, une commande commune du musée montréalais et du Musée d'art contemporain de Sydney.

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