L'orgue et l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus - Le Conseil du patrimoine religieux contredit le ministère de la Culture

Le cas de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus et son orgue exceptionnel est en voie de devenir un cas type du dilemme financier que posera, au cours des prochaines années, la sauvegarde de l'imposant patrimonial religieux au Québec.

Non seulement le Conseil du patrimoine religieux du Québec est convaincu de la très grande valeur de l'orgue et de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, mais l'organisme qui conseille le gouvernement s'étonne du peu d'intérêt démontré par le ministère de la Culture pour ce patrimoine, menacé par sa vente imminente.

Contacté hier par Le Devoir, le directeur du Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), Jocelyn Groulx, s'est montré tout à fait étonné de la position affichée jusqu'ici par le ministère de la Culture. Dans l'édition d'hier du Devoir, le directeur du patrimoine au ministère de la Culture disait ne pas avoir d'informations voulant que l'église ou l'orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus méritent une attention particulière. «À notre avis, cet orgue est d'une très grande valeur et la position du ministère de la Culture nous étonne», a soutenu M. Groulx.

Selon ce dernier, un rapport sur la valeur patrimoniale de toutes les églises construites avant 1945 a été réalisé en 2004 et, à l'époque, celle du Très-Saint-Nom-de-Jésus a été classée dans la catégorie C. Une aide financière a même été versée à la suite de cette évaluation, selon le CPRQ, dont plus de 330 000 $ aux seules fins de la restauration de l'orgue.

À la lumière du peu d'intérêt affiché jusqu'ici par le ministère de la Culture, le directeur du Conseil du patrimoine religieux a affirmé hier qu'un nouveau rapport sera transmis d'ici une dizaine de jours au ministère sur la valeur de l'orgue et de l'église. «On veut transmettre ces informations pour clarifier les choses, a indiqué M. Groulx. S'ils [le ministère] ne sont pas au courant, c'est qu'il y a un manque d'information.»

Par ailleurs, plusieurs spécialistes et éminents organistes contactés hier n'ont pas caché leur stupéfaction quant à la méconnaissance qui semble régner au ministère de la Culture concernant l'instrument, menacé par la mise en vente prévue de l'église en juillet prochain. «Cet orgue est un exemple majestueux de la facture d'orgue de cette époque. C'est un instrument exceptionnel, d'envergure internationale. Il n'y a que deux orgues de cette qualité dans tout le Canada, celui-là et celui de l'église Saint-Jean-Baptiste», soutient John Grew, grand organiste et titulaire de l'enseignement de l'orgue à l'École de musique Schülich de l'Université McGill. Le professeur, qui a enregistré les Symphonies no 5 et no 9 de Charles-Marie Widor sur l'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, estime que les qualités sonores de cet orgue et l'acoustique impeccable de l'église en font un lieu unique permettant de restituer avec fidélité plusieurs grandes oeuvres du répertoire de l'orgue symphonique.

«Cet orgue possède tous les jeux d'un orgue symphonique, ce qui fait qu'on peut y jouer la musique d'une façon fidèle à l'époque. On ne peut pas jouer Charles-Marie Widor et César Franck n'importe où», opine le musicien, qui rappelle que le grand facteur d'orgues britannique Henry Willis a déclaré dans ses écrits que l'orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus constituait à n'en pas douter le «chef-d'oeuvre» de la maison Casavant. «Si cet orgue est perdu, ce sera une grande perte», dit-il.

Le spécialiste de la préservation des orgues au Québec, Christopher Jackson, soutient que le caractère unique de cet orgue est connu «internationalement».

«Si on a accordé une subvention aussi importante [330 000 $ en 1995-1999] pour le restaurer, c'est que c'est un orgue connu depuis longtemps. C'est une voix unique, très poétique», a expliqué hier ce conseiller spécial auprès du CPRQ. Ce dernier, qui est sur le point de compléter l'inventaire des orgues historiques du Québec, affirme que l'instrument magistral se démarque d'entre tous.

Joint hier à Québec, le critique du Parti québécois en matière de culture, le député Maka Kotto, a affirmé que la ministre Christine St-Pierre se défilait de ses responsabilités dans ce dossier et faisait preuve d'un manque de leadership flagrant. «La ministre est interpellée. Son indifférence est assimilable à du mépris.»
1 commentaire
  • Marie-Claude Bélanger - Inscrite 19 mai 2010 09 h 50

    Révolution culturelle?!

    Aaaah! c'est ça que Bachand voulait dire! Les "beaux" jours de la révolution chinoise seraient-ils à nos portes?!