Semeur de culture

Christophe Girard met en garde contre le discours qui plaide que «tout est culture».
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Christophe Girard met en garde contre le discours qui plaide que «tout est culture».

Son concept de Nuit blanche a essaimé un peu partout dans le monde, y compris à Montréal. Christophe Girard, chargé de culture à Paris depuis 2001, ne voit pas de paradoxe à rendre la culture accessible à tous, tout en mettant en marché des produits de luxe au sein de la prestigieuse compagnie LVMH.

«Il n'y a pas de contradiction entre culture classique et contemporaine, elles se nourrissent mutuellement», affirmait hier au Devoir le gourou de la démocratisation culturelle âgé de 54 ans, en marge d'une conférence sur le rôle culturel des villes à l'heure de la mondialisation, donnée dans le cadre du colloque Cultiver la ville de Culture Montréal.

Sa Nuit blanche, qui convie citoyens et artistes contemporains à se réapproprier leur patrimoine souvent plus que centenaire, en témoigne. Le concept s'inspire d'ailleurs d'un festival d'opéra à Savonlinna, en Finlande, des classiques du cinéma et de ses nombreux voyages. Mais à ses yeux et dans son oeuvre, la Nuit blanche n'est qu'un «supplément qui correspond bien à la mondialisation et au besoin d'un espace de partage avec les citoyens», dit celui qui a ainsi «trouvé un espace de la vie encore libre de tout horaire». Le coeur de son action se trouve davantage dans le double rôle dont il investit les élus en matière de culture.

«L'élu doit s'assurer que le patrimoine — de l'architecture autant que de la connaissance [...] — sera respecté, que les moyens soient donnés.» Il doit aussi «être à l'écoute des artistes, qu'ils puissent se loger, créer et montrer leurs oeuvres», a-t-il répété sous diverses formes au cours de son allocution.

Il a lui-même piloté la transformation de l'ancien cinéma Louxor en centre d'art et d'essai et celle du théâtre de la Gaîté lyrique, à Paris, en espace consacré aux cultures numériques et aux musiques actuelles. Non sans contestation, vu leur coût élevé, qui accaparait les deniers publics. Autre projet plus ardu et critiqué: le Centquatre, lieu de résidence et de diffusion artistique sis dans l'ancien bâtiment des pompes funèbres.

Optimiste, il met tout de même en garde contre le discours qui plaide que «tout est culture». Loin de rejeter la culture de masse, il défend toutefois une «culture du sens et de la contradiction», qui a d'autant plus besoin du soutien politique que «tout va trop vite» en cette ère de la mondialisation qui nous fait surfer «sur l'écume des choses.»

Cela ne l'empêche pas d'embrasser les nouvelles technologies en travaillant notamment à la mise en ligne prochaine d'une salle de spectacle virtuelle, qui permettra de regarder les premières de plusieurs grands théâtres parisiens.

Le soutien politique ne suffit toutefois pas, selon lui. Doivent aussi entrer en jeu les semeurs de culture qui font le pont entre les artistes et les citoyens. Il cite l'exemple de la gratuité des collections permanentes des musées nationaux en France, «un beau geste citoyen et politique», mais voué à l'échec «s'il n'est accompagné de celui qui sait ce qu'est un musée, un tableau».

Élu pour un second mandat de six ans en 2007 comme adjoint à la culture de la ville de Paris, Christophe Girard vient aussi à Montréal pour s'inspirer de nos pratiques démocratiques. Pour lui, le Québec constitue un îlot de résistance culturelle, du point de vue de sa langue et de sa gouvernance culturelle, qui a résisté à la crise économique mieux qu'ailleurs, alors que Paris l'éprouve encore durement.