En avant la musique!

Le coût de la mise aux normes de l’immeuble et de la rénovation demeure inconnu, mais on parle de plusieurs millions de dollars.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le coût de la mise aux normes de l’immeuble et de la rénovation demeure inconnu, mais on parle de plusieurs millions de dollars.

Les rôles ont été inversés: les musiciens étaient dans la salle et applaudissaient à tout rompre, debout, en criant. L'ovation chaleureuse a ému la ministre de la Culture jusqu'aux larmes, une réaction rare, très rare, surtout venant d'un membre du gouvernement à son plus bas dans les sondages de popularité.

Cet accueil dithyrambique visait l'annonce officielle, hier matin, du choix du groupe Le Vivier pour l'occupation de l'ancienne bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, à Montréal. Le consortium artistique rassemble 22 organismes dédiés à la musique contemporaine, actuelle ou électro-acoustique.

L'édifice du futur «carrefour des musiques nouvelles» est à l'abandon depuis des années. Il servira à la fois de centre de conservation et d'espace de diffusion. L'ouverture du nouveau complexe est prévue pour 2012, soit à peu près en même temps que l'inauguration de la nouvelle salle de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

«Nous avons un accord de principe, a expliqué la ministre Christine St-Pierre. À partir d'aujourd'hui, c'est avec Le Vivier que nous travaillons. Le choix est fait.»

Mme St-Pierre a révélé que son ministère a reçu 18 propositions depuis mars 2008 pour l'occupation du complexe culturel construit il y a un siècle. «Nous avons pris du temps avant de favoriser Le Vivier parce qu'il fallait analyser scrupuleusement les projets, a-t-elle ajouté. En plus de faire cohabiter une forme d'art contemporaine et un lieu patrimonial, le choix permet de dynamiser encore davantage le Quartier des spectacles.»

Le coût de la mise aux normes de l'immeuble et de la rénovation demeure inconnu, mais on parle de plusieurs millions de dollars. Le projet prévoit l'aménagement d'une salle de répétition et d'une salle de concert à partir de l'ancien auditorium multifonctionnel, d'un centre d'interprétation sur les musiques nouvelles et d'un autre sur l'histoire du bâtiment. L'ancienne réserve des livres abritera des instruments de musique des différents membres du groupe et plus de 18 000 partitions du Centre de musique canadienne, la plus importante collection du pays.

L'ancienne petite maison du concierge sera transformée en résidence d'accueil pour les musiciens, les interprètes et les compositeurs nationaux et étrangers. Le Vivier prévoit adhérer au Réseau international des centres culturels de rencontre, situés principalement en Europe. La présidente de l'organisme montréalais, Danielle Palardy Roger, a aussi évoqué hier l'ouverture d'un restaurant et l'organisation de bals.

«Nous souhaitons suivre l'exemple de l'Agora de la danse, qui a su doubler ou tripler le public de la danse contemporaine à Montréal depuis son ouverture, a ajouté Mme Palardy Roger. Nous souhaitons démarginaliser toutes les musiques nouvelles.»

Le Vivier, officiellement fondé en 2007 (son nom s'inspire du compositeur québécois Claude Vivier, décédé en 1983) rassemble presque toutes les forces vives des musiques nouvelles, dont le Nouvel Ensemble moderne, les quatuors Bozzini et Molinari, la Société de musique contemporaine du Québec et Chants libres. Plus de 300 artistes et professionnels de la culture liés à ces formes de pointe offrent annuellement plus de 200 concerts ou événements musicaux à Montréal.

Mme St-Pierre a usé de son droit de préemption quand l'UQAM a mis la bibliothèque Saint-Sulpice en vente, en 2007, une première action ministérielle du genre pour un immeuble. La ministre a rappelé sa dette envers l'ancienne ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, qui avait alors fourni une enveloppe extraordinaire pour l'acquisition du bâtiment, classé depuis 1988.