Le Metropolitan Opera au cinéma - Hamlet ne fera pas de vieux os

Simon Keenlyside et David Pittsinger dans la production du Metropolitan Opera du Hamlet d’Ambroise Thomas.
Photo: @Metropolitan Opera/Brent Ness Simon Keenlyside et David Pittsinger dans la production du Metropolitan Opera du Hamlet d’Ambroise Thomas.

Programmation risquée pour le Metropolitan Opera dans les cinémas, samedi, avec Hamlet, opéra en cinq actes d'Ambroise Thomas (1868) qui n'avait plus été programmé par l'institution depuis 113 ans. Le difficile pari a été relevé: au cinéma, comme à la radio, le Met peut compter sur un solide noyau de fidèles qui lui assurent un «succès minimum» plus que décent.

Hamlet, curiosité pour francophiles, passe aujourd'hui mieux la rampe que ne le ferait une résurrection équivalente de Louise de Gustave Charpentier (1900). Si Charpentier ne parvient pas à être un Puccini français, Thomas n'est pas non plus un Verdi français. Son Hamlet ne manque pas de moments saisissants: apparition du spectre du roi, scène de la représentation théâtrale, où Hamlet confond le roi Claudius, meurtrier de son père; confrontation entre Hamlet et sa mère; scène de folie d'Ophélie. Mais cet opéra ne possède pas le grand souffle continu des ouvrages verdiens.

Hamlet, admirablement porté par la baguette de Louis Langrée, expert discret et musicien véritable, se laisse cependant regarder et écouter sans ennui. Je ne pense pas, toutefois, que le spectacle des Opéras de Genève et de Toulouse, intelligemment et minutieusement mis en scène par Moshe Leiser et Patrice Caurier, soit appelé à faire de vieux os au Met. Le genre «scène dépouillée avec murs pivotants» ne passe pas très bien à New York.

Tout ici se passe entre les personnages, et Brian Large a choisi, dans son transfert à l'écran, de les serrer de près. On saura gré au vieux briscard de la mise en image de ne pas ajouter d'effets cinématographiques et de scruter le spectacle avec simplicité. Les spectateurs dans les salles de cinéma ont probablement vécu un spectacle plus fort que ceux en salle.

Cette présentation devait être portée par un duo de chanteurs: Simon Keenlyside, grand baryton francophile, et Natalie Dessay, que l'on attendait dans la scène de folie d'Ophélie, un moment inoubliable documenté en DVD. Sa doublure, Marlis Petersen, excellente chanteuse, mais très loin d'être une «bête de scène», n'a aucune aura. Tout reposait donc sur les épaules du baryton anglais. Il maintient l'ouvrage à flot, aidé par une étonnante Jennifer Larmore (Gertude, la mère), en grande forme vocale et qui avait obtenu, pour les besoins de la diffusion, de mettre au rancart le monstrueux postiche d'hydrocéphale qui l'enlaidissait lors des premières représentations. Les seconds rôles Toby Spence (Laërte) et David Pittsinger (spectre) ont été impeccables.

Il est toutefois dommage qu'un tel ouvrage n'affiche pas davantage de chanteurs francophones ou francophiles. Le bafouillage trémulant et indistinct de James Morris en régicide Claudius était assez grotesque. Heureusement, les sous-titres anglais nous permettaient de comprendre le texte français chanté...

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