Simone Veil entre à l'Académie française

De Simone Veil, dirigeante déterminée désignée «femme préférée des Français» dans un récent sondage, les Français retiennent l’image d’une femme seule au milieu d’une assemblée d’hommes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Joel Saget De Simone Veil, dirigeante déterminée désignée «femme préférée des Français» dans un récent sondage, les Français retiennent l’image d’une femme seule au milieu d’une assemblée d’hommes.

Paris — Femme politique populaire et humaniste, rescapée de la Shoah devenue ministre, présidente du Parlement européen et membre du Conseil constitutionnel, Simone Veil sera la sixième femme à entrer à l'Académie française.

La cérémonie d'intronisation de l'ancienne ministre de la Santé, initiatrice de la loi autorisant l'avortement en 1975, aura lieu aujourd'hui en présence de Nicolas Sarkozy et de l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing.

De nombreuses personnalités, dont l'ancien président Jacques Chirac et le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, ont assisté à la remise de son épée d'académicienne, mardi au Sénat.

Le nom de Simone Veil rejoindra sous la coupole ceux de Marguerite Yourcenar, élue en 1980, de Jacqueline de Romilly (1988), d'Hélène Carrère d'Encausse (1990), de Florence Delay (2000) et d'Assia Djebar (2006) — cinq femmes sur 708 élus depuis la création de l'Académie française.

«Les femmes ont une autre vision de la société! Et il est important qu'elles apportent leur regard, souvent plus pratique, plus concret que celui des hommes», a déclaré Simone Veil hier dans France Soir.

Fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, l'Académie française a pour but de fixer des règles et de faire respecter la langue de Molière.

Devenir «immortelle» est une consécration pour Simone Veil, 82 ans, dont le destin hors du commun et le style — tailleur de tweed et chignon — suscitent respect et sympathie chez ses amis comme chez ses adversaires.

De cette dirigeante déterminée désignée «femme préférée des Français» dans un récent sondage, les Français retiennent l'image d'une femme seule au milieu d'une assemblée d'hommes.

En 26 novembre 1974, au Palais-Bourbon, Simone Veil défendait dans la tempête la loi légalisant l'avortement, surnommée depuis la loi Veil.

Auschwitz

Simone Veil est née Simone Jacob, à Nice, en 1927.

«Ta mère est juive. Tu brûleras en enfer», lui avait lancé une camarade de classe à l'école.

En 1944, à 17 ans, Simone Veil est arrêtée et déportée à Auschwitz, et en reviendra sans sa mère. Son père et son frère ont également disparu en déportation.

Orpheline, Simone Jacob rebâtit sa vie dans le Paris de l'après-guerre. Elle intègre l'école Sciences-Po où elle rencontre à 19 ans son futur mari, Antoine Veil, dont elle aura trois fils, et Georges Pompidou, professeur, qui deviendra son mentor.

Gagnée par le virus de la politique, Simone Veil n'aura de cesse de rassembler centristes et gaullistes. Après l'ère Pompidou, elle sera propulsée dans l'entourage de Jacques Chirac, jeune premier ministre.

Ministre de 1974 à 1979, elle est ensuite la première femme à présider le Parlement européen élu au suffrage universel, jusqu'en 1982.

Trahie par les gaullistes qui refusent de soutenir sa candidature pour un deuxième mandat, Simone Veil prend de la hauteur. Elle est membre de la Commission des affaires juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée de Strasbourg, puis présidente du groupe libéral de 1984 à 1989.

Elle réintègre le gouvernement comme ministre d'État, des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville de mars 1993 à mai 1995, avant d'entrer au Conseil constitutionnel (1998-2007).

Centriste pour Sarkozy

Bien que centriste de coeur, Simone Veil a soutenu Nicolas Sarkozy contre François Bayrou, le candidat de l'UDF, lors de l'élection présidentielle de 2007.

Elle s'est éloignée du chef de l'État après la proposition de ce dernier, qu'elle désapprouvait, de faire «parrainer» de jeunes victimes de la Shoah par des élèves français.

En apportant son soutien à la candidate de l'UMP Valérie Pécresse, pour les élections régionales en Île-de-France, Simone Veil a montré qu'elle restait fidèle à la cause féminine et à la droite.
1 commentaire
  • michel lebel - Inscrit 18 mars 2010 09 h 46

    Étrange!

    L'Académie française? Quel étrange lieu pour finir ses derniers jours! Je pensais que Simone Veil avait plus de cran et de lucidité pour ne pas pavaner et prendre refuge parmi tant de vieux croutons. Je ne vois pas Camus, Sartre et Bernanos acceptés pareils maroquins. Ils n'étaient pas des dupes.