Quatre jours intenses de mode

«Je travaille la matière dans de multiples formes sans aller chercher de gadgets: le jersey a été encollé, triplé, molletonné, découpé, explique la designer Marie Saint Pierre. Tout est extensible, confortable.»
Photo: jimmyhamelin.com «Je travaille la matière dans de multiples formes sans aller chercher de gadgets: le jersey a été encollé, triplé, molletonné, découpé, explique la designer Marie Saint Pierre. Tout est extensible, confortable.»

Une vingtaine de designers défilent au Marché Bonsecours, en cette Semaine de mode de Montréal. Tous ensemble, ils proposent des allures cosmopolites éclatées pour l'automne prochain: prêt-à-porter quasi industriel, look sexy, allures plus classiques, jusqu'au haut de gamme, chic et moderne.

La Semaine a commencé lundi sur un bateau amarré dans le Vieux-Port. Philippe Dubuc avait exposé sa collection dans la salle des machines. La marine revue et visitée. Dubuc a expliqué s'être laissé inspirer des DJ pour remixer ses idées. La rusticité et l'élégance structurale des tweeds, des laines et des matières lourdes évoquaient aussi les dessins d'Enki Bilal.

Cette journée ensoleillée et douce a également permis aux mannequins de jouer au matelot sur le pont, la ville se dessinant en arrière-plan. En plus, rare privilège, les spectateurs pouvaient palper les manteaux, les pantalons et les vestes.

La suite des défilés de la première journée avait lieu au Marché Bonsecours. Christian Chenail a conçu pour Muse des pantalons, avec un détail de boucle métallique au bas de la jambe qui leur donne beaucoup d'allure. Mais les jupes et les vestes dominent. Un manteau mi-long ouvrait le défilé.

La relève de la couture offrait aussi ses créations, avec Dimitri Chris (pour hommes) Barilà ou Mélissa Nepton.

La très chevronnée Marie Saint Pierre, elle aussi au programme d'ouverture, aime les femmes en mouvement et les colliers de sa collection automne-hiver feront jaser. Signature de son défilé: le matelassé rond et sculpté, fait dans du tissu ton sur ton, des vestes structurées, des robes souples, des jupes flexibles pouvant être portées de plusieurs manières. «Je travaille la matière dans de multiples formes sans aller chercher de gadgets: le jersey a été encollé, triplé, molletonné, découpé, explique la designer. Tout est extensible, confortable.» En plus, sa maîtrise indéniable lui donne une place à part dans le milieu de la mode québécoise.

Helmer, lui, construit ses tissus de motifs exclusifs, uniques à chaque pièce, des patchworks qui font de ses robes des pièces de... collection. Sur la passerelle, lundi, en alternance, il a proposé à son tour des vêtements pour hommes et pour femmes. Il a aussi lancé un nouveau projet audacieux, celui de créer, pour les personnes vivant avec un handicap, des ateliers d'artisans de la couture en Haïti. Le défilé était une occasion d'amasser des fonds pour Handicap international, partenaire de cette généreuse idée (www.handicap-international.ca).

Changement de ton mardi, au deuxième jour. On a voyagé vers la Mongolie avec Envers, par Yves Jean Lacasse, qui a coiffé ses mannequins hommes et femmes de spectaculaires chapeaux réalisés par Élaine Saucier. Ces sculptures de tête ont donné aux vêtements un caractère théâtral. Lacasse utilise toujours des matières nobles et cette fois, la soie et la laine forment l'essentiel de sa prochaine collection automne-hiver. Mentionnons les manteaux d'Alpaga, pour hommes et pour femmes, les pantalons pour hommes à la fourche très basse (nommés sarouel), les robes longues, les lignes élégantes de tous les vêtements proposés, la richesse, somme toute, de cette collection intemporelle.

Plus de 600 personnes assistaient à ces défilés, des journalistes du continent et de l'étranger, des gens du milieu de la mode, des vedettes, la commissaire du Bureau de la mode, Diane Duhamel, la directrice du Musée national des beaux-arts du Québec, Esther Trépanier, l'écrivaine Marie Laberge. D'ailleurs, cette année, des vedettes du petit écran ont défilé pour Helmer et pour Harricana, ce qui a cassé le moule et fait réagir le public, en particulier quand l'animateur Angelo Cadet, très décontracté, s'est permis quelques pitreries divertissantes. Il faisait bon de voir défiler de vrais corps normaux. Helmer, en particulier, a varié les âges et les tailles.

Ce fut tout de même une Semaine de mode un peu sage, dans l'ensemble, avec des couturiers qui manquent de moyens. Chantal Durivage, coprésidente de Sensation mode, qui organise la Semaine, croit qu'il faudra assister à un tournant politique pour donner de l'envergure aux créateurs. «Le ministère du Développement économique a fait le maximum d'effort, c'est au tour de la culture dorénavant d'appuyer la création de mode, dit-elle. Un appui de la culture permettrait le développement de leur griffe.»

C'est un enjeu majeur pour les créateurs. La réaction politique à cette nouvelle offensive se verra peut-être un jour sur la passerelle. D'ici là, c'est Denis Gagnon qui aura le mot de la fin, ce soir, à 21h. En plus, le défilé est ouvert au public. On se renseigne sur montrealfashionweek.ca.

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Collaboratrice du Devoir