Spectacle - Le clown est trash!

Avec son maquillage rouge dégoulinant sur son visage blême, Peter James ressemble à un clown déjanté. Pas le genre de clown qui fait rire ou pleurer les enfants. Loin de là! Son personnage, qu'il a créé pour sa performance solo à l'affiche jusqu'à samedi au théâtre La Chapelle, est un croisement entre les clochards du Godot de Beckett et les visions excentriques d'Artaud.

The Red Mark... est un objet théâtral étrange et amusant, fascinant et irritant. Par moments, le délire narcissique de ce «performeur enragé» est à la limite du supportable. Dans cette courte heure, Peter James, accompagné de deux musiciens, se masturbera en temps (presque) réel; arpentera la scène avec une chaudière sur la tête; et fixera l'audience durant plusieurs minutes sans dire un mot... D'ailleurs, dans son mot au programme, l'acteur se compare à «un chien attaché dans un garage depuis trop longtemps»! Puis il affirme que s'il n'était pas un créateur, «il serait mort ou en prison»!

Or, lorsqu'on accepte cette folie, on découvre un artiste plus profond qu'on pourrait le croire. Peter James est un acteur d'expérience (25 ans de métier) qui a touché à plusieurs disciplines: des pièces expérimentales avec la troupe Momentum jusqu'aux spectacles grand public pour le cirque Éloize. Cela se voit. Que ce soit dans son travail sur le masque de l'acteur, ou dans sa gestuelle précise et saccadée. Il fait aussi des clins d'oeil aux artifices scéniques (cette fumée légère alors qu'il se dandine sur The Man I Love), et à la peur du vide de l'artiste sur son fil de fer.

Si le propos de The Red Mark... est mince et très centré sur son auteur, Peter James a le courage de prendre des risques et d'y aller à fond.

Au bout du compte, il se dévoile avec une totale impudeur, comme seules les vraies bêtes de scène savent le faire. Ce qui explique, probablement, le zoo dans le sous-titre...

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Collaborateur du Devoir