Spectacle - Rigoler de la mort pour ranimer le clown

L’homme derrière le cirque Akya prévient qu’il veut non pas parler de la mort, mais lui faire face.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’homme derrière le cirque Akya prévient qu’il veut non pas parler de la mort, mais lui faire face.

Le clown n'est pas triste, mais il est peut-être un brin frustré. On le comprend: dans un monde où les politiciens, tout comme les bandits à cravate, se font publiquement traiter de... «clowns», où l'un de ces personnages grotesques est porte-étendard d'une célèbre chaîne de restos rapides pas très recommandable et où le nez rouge — avec souliers surdimensionnés — est souvent associé à des fêtes d'enfants, le titre de clown est désormais plus que galvaudé, voire méprisé. Un drame pour Rodrigue «Chocolat» Tremblay, qui ce soir va monter sur la scène du Nouveau Théâtre Sainte-Catherine à Montréal, pour remettre les pendules à l'heure.

Comment? En amenant son clown dans la sphère théâtrale, histoire de «redonner sa pleine valeur» à l'institution clownesque, prévient-il. Sérieusement.

Pas juste une farce

«Le clown n'est pas juste une farce et c'est ce que je veux exprimer aujourd'hui», lance ce vieux routier de la clownerie, qui a été le premier clown du Cirque du Soleil, dans les années 1980. Le Devoir l'a rencontré la semaine dernière, entre deux répétitions de son spectacle solo intitulé Avant de fermer le couvert. «Ce spectacle cherche finalement à sortir le clown de la parodie pour le faire entrer dans l'émotion et les sentiments.»

Facile: sous la direction d'Yves Dagenais, la proposition artistique se veut en effet une tragi-comédie sur le thème de la mort. Rodrigue «Chocolat» Tremblay s'y retrouve plongé dans l'angoisse d'une salle d'attente médicale bondée qui va lui permettre d'exprimer toute sa folie. «Cela part d'un feeling, lance le drôle, assis en avant du squelette qui forme une partie de son décor. Récemment, j'ai été confronté à la mort et à la maladie qui tournaient autour de moi. Ça m'a donné envie de dire des choses. Et c'est la base de ce spectacle solo.»

Faire face à la mort

De la lourdeur de l'attente à l'hypocondrie, en passant par l'aseptisation de l'environnement, la confusion et la détresse, l'homme derrière le cirque Akya prévient qu'il veut non pas parler de la mort, mais lui faire face. «C'est aussi un spectacle sur la peur du passage dans notre culture, un clin d'oeil à la vie et aussi une critique de notre système de santé», dit-il, en se demandant à haute voix si finalement «les hôpitaux ne sont pas des endroits qui aident à garder les gens malades?»

La question nosocomiale est comique. Elle s'inscrit aussi dans un tout qui rêve de démontrer «que les amuseurs publics ne sont pas tous des sans dessin», dit M. «Chocolat» qui, à quelques jours de son premier tour de scène, met la table et pose le couvert: «Cela va être un spectacle intimiste. J'ai besoin de cette proximité pour un départ», poursuit-il.

Quoi? Le clown est vraiment déterminé. Et en parlant de «départ», il laisse du coup présager que son projet de valorisation de l'auguste, de la paillasse, du pitre et du gugusse risque finalement de ne pas s'arrêter là.
2 commentaires
  • jocelyne53 - Inscrit 24 février 2010 08 h 46

    Vive les clowns !

    Mon cher Chocolat, je crois sincèrement que les clowns sont un bien nécessaire dans notre société dominée encore et toujours par l'indifférence. La morosité et la médiocrité sont le lot de la vie quotidienne de nombreuses personnes. Alors ! Vive les clowns ! Faites éclater la vie et apportez s.v.p. de la couleur dans le gris de la vie. Sol manque beaucoup à la francophonie.

  • Bibiane Beauregard - Inscrite 20 mars 2010 13 h 20

    N' est pas clown qui veut.

    J' ai toujours adoré les clowns, les vrais. Pas ceux de la langue de bois mais d' une langue déliée, libre et porteuse des plus sérieuses réflexions sur l' essentiel de la vie.

    On ne peut jamais savoir
    si le clown est triste