Guy Nantel au Théâtre St-Denis - Une réforme par le consensus mou

Il faut le dire: vivre au Québec est «devenu gênant». Les politiciens «nous mentent à la journée longue». Le capitalisme extrême est intenable. Les alarmistes de l'environnement nous fatiguent et les vieux ne font plus leur job de vieux en prenant plus de temps pour mourir. Mais il y a de l'espoir...

C'est en tout cas le message qu'a voulu envoyer hier soir l'humoriste Guy Nantel sur les planches du Théâtre St-Denis, à Montréal, où le comique, qui se dit caustique, a livré la première de son nouveau spectacle. Baptisée La Réforme Nantel, la chose se veut un exercice collectif de redéfinition des contours du social par le rire... surtout quand il puise dans la démagogie et les blagues convenues.

Celui qui aime se présenter comme un des rares humoristes engagés du Québec, chantre de la provocation, de l'irrévérence et du cynisme servis sur planche, n'a, une fois encore, pas totalement confirmé ce statut hier avec une proposition artistique techniquement bien ficelée, certes, mais dans laquelle la poignée de pics acerbes sur les dérives sociales baigne au final dans un tout comique relativement consensuel.

Nantel veut déranger pour faire réfléchir, mais passe par des chemins déjà défrichés en parlant de pollueurs-payeurs et en dénonçant les salaires démesurés des dirigeants d'entreprise. Dans son monde, «le CHUM, devrait être installé dans le Stade» et «des patchs pourraient servir à soigner les BS».

OGM, scandales financiers, système de justice inefficace, relation homme femme, le terrain de jeu du drôle est très large. Il lui permet aussi d'érafler, avec une efficacité certaine, les politiciens, toutes couleurs unies, de rire par l'absurde des écolos, des enseignants qui s'expriment mal, mais aussi de l'intolérance, des dogmes religieux et du caractère grégaire de nos comportements. Mais en flattant l'assistance dans le sens du consensus mou, Nantel vient du coup confirmer, en deux heures, ce qu'il dénonce: l'impossibilité de conduire au Québec une véritable réforme. Même quand elle se veut drôle.