Cinéma et concert - Koko sèmera la pagaille à la Cinémathèque

Koko le clown, tel que sorti de la plume des frères Fleischer en 1920
Photo: Source Cinémathèque Québécoise Koko le clown, tel que sorti de la plume des frères Fleischer en 1920

Il sortait d'un encrier pour faire rire les petits dans les années 1920. La Cinémathèque québécoise fera revivre le clown noir et blanc pour une semaine, histoire de faire découvrir ce blagueur muet aux petits d'aujourd'hui.

Koko le clown, c'est celui qui apparaissait sous le coup de plume d'un dessinateur pour vivre à mi-chemin entre l'univers du dessin et la réalité. C'est celui qui se faisait dessiner un mal de dent et qui maugréait, celui qui semait la pagaille dans l'atelier de son auteur, qui, lui, répliquait en dessinant des ennemis sur le chemin du clown. C'est aussi celui qui animera la Cinémathèque tous les après-midis de la semaine de relâche, puisque l'organisme culturel se charge depuis quelques années de faire découvrir un classique du cinéma aux enfants en congé.

Un cinéma différent

Le but ultime de ces visionnements en famille? Faire découvrir un cinéma différent. «Le cinéma muet est inconnu de la plupart des enfants, alors c'est toute une expérience pour eux», explique Gabriel Thibaudeau, pianiste de la Cinémathèque, qui a choisi Koko pour cette relâche 2010.

Car, avec le célèbre clown américain, on est évidemment bien loin de Ratatouille, de Wall-E et de Schrek. Muet, noir et blanc: on est vraiment à une autre époque. Ce travail des frères Fleischer, également créateurs de Betty Boop, de Superman et de Popeye le vrai marin, était pourtant révolutionnaire dans les années 20. Le clown a été créé selon un procédé breveté par Max Fleischer, nommé rotoscopie, qui consiste à calquer le mouvement d'un humain (son frère Dave!), image par image, pour obtenir un mouvement plus fluide du personnage. «C'était aussi l'une des premières fois qu'on mélangeait le réel et le dessin animé», explique Marco de Blois, programmateur en cinéma d'animation de la Cinémathèque, qui, très jeune, a suivi une version refaite en couleur de Koko dans les années 60, «beaucoup moins bonne que l'originale». L'atelier du dessinateur dans lequel les épisodes débutent est en effet bien réel, contrairement au clown.

Ces dernières années, la relâche a donné la vedette à Laurel et Hardy, Félix le chat et Charlie Chaplin à la Cinémathèque, des personnages et des histoires qui ont été bien appréciés des enfants. Les films de Koko sauront assurément les charmer également, croit Marco de Blois, car ils sont uni-ques. «Les frères Fleischer avaient un sens fou de la folie. Leur humour est complètement surréaliste et étrange; on ne s'embarrassait pas trop du réalisme à cette époque. C'est un genre qu'on ne retrouve plus du tout dans le dessin animé. L'humour s'est standardisé et est devenu plus familial, plus basé sur la jeunesse», déplore-t-il, ajoutant que les enfants apprécient pourtant toujours cet humour bizarre, presque noir.

La folie des dessins animés d'autrefois surprend d'ailleurs les adultes qui participent aux semaines de relâche de la Cinémathèque. «Ils sont étonnés des idées des auteurs de l'époque, explique M. de Blois. J'en ai entendu dire des choses comme "Seigneur, ils en prenaient de la bonne, dans ce temps-là!"» Les parents et les poussettes sont bien sûr les bienvenus lors des projections.

Une musique originale

Si les films présentés seront muets, la salle sera loin d'être silencieuse, puisque huit étudiants en musique de l'Université de Montréal, à la maîtrise ou au doctorat, se chargeront d'emplir les tympans des petits, selon des partitions écrites par d'autres étudiants de la même faculté. Ce sera la deuxième année que des étudiants prennent le relais de Gabriel Thibaudeau, qui joue du piano lors de soirées de muet depuis 22 ans à la Cinémathèque québécoise. «Ça ajoute une dimension spectaculaire aux films, les enfants sont impressionnés par la présence de tous les instruments», raconte M. de Blois. La chef d'orchestre, Dina Gilbert, se charge d'ailleurs de les présenter un à un avant le début du visionnement, une découverte de plus pour les petits. «Et, à la fin, les enfants viennent voir les instruments de plus près. J'en ai même vu souffler dans certains», a raconté M. Thibaudeau.

Flûte, hautbois, clarinette, cor, basson, contrebasse et percussions seront au menu, en plus du banjo. «Le banjo, c'est moi qui l'ai imposé aux étudiants, explique M. Thibaudeau. C'était pour les décoincer!»

En effet, pas question ici de créer et d'interpréter des oeuvres musicales sérieuses comme les étudiants en ont l'habitude: il fallait s'éclater. «Les étudiants mandatés d'écrire la musique ont chacun étudié le scénario d'un des films. Ils ont écrit le contenu de chaque plan et, ensuite, ils ont écrit leur musique. Ce genre de film laisse beaucoup de place à la créativité et à une joie de vivre.»

Au total, 156 petits cinéphiles en devenir pourront visionner un film différent de Koko le clown, tous les jours à 14 heures, à la Cinémathèque, du 1er au 5 mars. Les films durent environ une heure. «Il faut voir ça, assure Gabriel Thibaudeau. Surtout le film où il apprend à danser le charleston avec une vraie danseuse contemporaine de 1922: c'est hilarant! Et des musiciens live, c'est rare qu'on offre ça...» Toutes les raisons sont bonnes pour visiter Koko!