Montréal en lumière - Les âmes fadistes de Mísia

Le festival Montréal en lumière, qui se déroule du 18 au 28 février, se donne cette année des allures plus estivales que jamais, puisque le volet Arts Financière Sun Life comprend Caliente, une nouvelle série qui accordera la priorité aux rythmes latinos et lusophones. En tout, une vingtaine de spectacles de musique et de danse, dont celui de Mísia, qui ouvre le bal deux fois plutôt qu'une à la Cinquième salle de la Place des Arts jeudi et vendredi prochains.

Le plaisir de transgresser

Si Mísia a construit un pont entre l'icône Amália et les artistes de la nouvelle génération, elle refuse l'étiquette de reine du fado. «J'en suis l'anarchiste et certainement pas la meilleure représentante, clame-t-elle. Le fado traditionnel est à la base de ma création, mais je chante surtout les à-côtés du genre.»

Pour le plaisir de le transgresser, elle en a ouvert toutes les portes. Déjà, il y a vingt ans, elle l'avait projeté sous les feux de la rampe alors qu'on le considérait comme l'apanage de la dictature salazariste. Puis, Mísia a changé l'instrumentation traditionnelle, fait appel aux poètes maudits, chanté l'amour en se plaçant dans la peau d'un homme et choisi de s'inspirer des musiciens aveugles des rues de Lisbonne, une ville qu'elle regarde maintenant de plus loin, depuis Paris où elle s'est installée, il y a cinq ans.

Elle offre d'ailleurs cette semaine le concert de son double CD Ruas, les rues, un nom très simple qui lui permet d'exprimer sa relation avec les villes du monde et d'honorer toutes les âmes fadistes qu'elle y découvre. Ici, deux mondes cohabitent: celui de Lisboarium, en l'honneur de cette ville fétiche qu'elle continue de rêver et d'où elle entrevoit encore la rivière «au plafond d'une ruelle», de même que celui de l'album & Tourists, par lequel elle s'imbibe profondément des autres routes du monde.

«Dans Lisboarium, j'ai voulu faire un itinéraire onirique de Lisbonne. Les gens pensent qu'après le fado, il n'y a plus rien, mais j'ai inséré une marcha très animée et une morna pour témoigner de la présence des immigrants capverdiens dans la ville.» Mais, encore ici, Mísia se refuse à faire les choses comme les autres. La morna, qui est composée par un poète portugais, est interprétée avec une sensibilité fadiste. L'artiste chantera même un fado en français, elle qui a toujours prôné son caractère strictement portugais. «Mais ce disque est un rêve, un clin d'oeil. Il nous fait pénétrer dans ce moment où l'on n'est ni complètement réveillé, ni complètement endormi», se défend-elle.

En vrai caméléon, elle possède l'art de la transformation que lui ont légué sa mère danseuse classique et sa grand-mère chanteuse frivole dans les cabarets. & Tourists, la seconde trajectoire du disque et du concert, le reflète parfaitement, alors que la chanteuse pénètre la chanson napolitaine, la ranchera mexicaine, l'enca japonais, la mélopée turque, le flamenco de Camarón de la Isla et même des titres de Joy Division et de Johnny Cash ou d'autres surprises. En aucun cas il ne s'agit de fusion avec le fado. À tout moment, même au son des guitares électriques, la voix de Mísia livre l'angoisse vitale du mal-être sans copier les genres qu'elle aborde.

Elle explique: «Je suis allée chercher le répertoire des artistes qui dans leur culture ont une relation tragique avec la vie, peu importe leur origine. Certains, comme Dalida ou Luigi Tenko, se sont suicidés. D'autres, comme Chavela Vargas, ont passé des années de leur vie dans les vapeurs éthyliques. Dans tous les cas, ils furent des écorchés vifs qui ont risqué leur vie personnelle dans leur art.» Beau programme que Mísia transmettra à Montréal avec cinq musiciens, dont le guitariste Jeffrey Burton, connu entre autres pour jouer avec... Iggy Pop.

Programme chargé

En plus de la belle quinquagénaire portugaise, la série Caliente offre d'autres découvertes lusophones. Ana Moura est l'une des plus belles nouvelles voix d'un fado plus classique que celui de Mísia, alors que Maria de Medeiros se réclame de cette génération d'artistes portugais ouverte à la musique brésilienne. Quant à lui, Tony Gouveia retrouve bellement les racines de la saudade à partir de l'Ontario.

De son côté, Virginia Rodrigues, Brésilienne et stellaire, vient de lancer un disque épuré avec voix et piano. Elle partagera la scène avec le mythique Orquesta Buena Vista Social Club. D'autres artistes à conseiller? L'éclatant trompettiste Arturo Sandoval. Agnès Jaoui en portugaise, en brésilienne, ou autres romances. Calexico, en partie de retour à ses amours latinos. Federico Aubele en tenues romantiques et électroniques. L'Ensemble Constantinople sur les pistes du flamenco. Le Roberto López Project en spécial salsa et La Nuit brésilienne avec les pionniers montréalais, dont Paulo Ramos, Bïa, Monica Freire, Nico Béki, Peninha et le danseur Marcos Brasil. Sans compter Jorge Martinez, Papagroove et le Cuban Martinez Show. À noter: le concert des Aggrolites est annulé.

D'autres événements spéciaux? Dans l'ordre ou dans le désordre: Les 12 Hommes rapaillés avec de nouvelles compositions, Les Trois Accords, Elisapie Isaac, Chloé Sainte-Marie, Andréa Lindsay, Zachary Richard, l'Orchestre philharmonique de Rotterdam sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, Grand Corps Malade, Yann Perreau, Hiromi, Christine Jensen, Daniel Taylor et Dame Emma Kirkby, I Musici, Ian Kelly, Jeri Brown, Jorane, Nagano et Repin qui jouent Brahms et Beethoven avec l'OSM. Des moments haletants en perspective.

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Collaborateur du Devoir

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Le festival Montréal en lumière se déroule du 18 au 28 février. Mísia prend l'affiche de la Cinquième salle de la Place des Arts les jeudi 18 et vendredi 19 février à 20h. Renseignements: 514 842-2112.
1 commentaire
  • Jean-Guy Doray - Abonné 22 février 2010 09 h 03

    fado ardente tony gouveia

    A quel endroit puis-je me procurer ce disque.