La littérature québécoise à l'honneur - Et Wajdi de raconter !

À Lyon, le dramaturge Wajdi Mouawad a répondu aux questions d’étudiants, à la demande de la section Arts de l’École normale supérieure.
Photo: Agence France-Presse (photo) ANNE-CHRISTINE POUJOULAT À Lyon, le dramaturge Wajdi Mouawad a répondu aux questions d’étudiants, à la demande de la section Arts de l’École normale supérieure.

Wajdi Mouawad a reçu un doctorat honorifique lors de la cérémonie d'ouverture des Entretiens du Centre Jacques Cartier, le 29 novembre, à Lyon. Il a par la suite accepté de répondre aux questions d'étudiants, à la demande de la section Arts de l'École normale supérieure.

L'émotion et la profondeur étaient à l'honneur lors de la rencontre avec Wajdi Mouawad. Pour répondre à une question, 30 minutes étaient souvent nécessaires à l'artiste, qui a fait preuve d'une grande intensité.

On a parlé de langue, bien sûr. Wajdi a appris le français à l'âge de neuf ans, lors de son arrivée en France. Il a aussi été question de la langue qu'il a perdue: l'arabe. Un grand complexe pour l'artiste.

Wajdi a aussi expliqué aux étudiants comment il est arrivé à sortir du cadre qu'il avait appris à l'école de théâtre. Une démarche salutaire, libératrice, qui lui a permis de faire les choses à sa manière, en travaillant en collaboration avec les acteurs. C'est ainsi qu'il a accouché de Littoral.

Réécriture

En plus de nombreux étudiants, on retrouvait dans la salle les participants du colloque intitulé Parodies, pastiches, réécritures: la question des modèles dans les littératures francophones. Comme trois conférenciers ont dû se désister

— deux pour cause de maladie et une pour cause d'accouchement! — l'occasion était trop belle d'aller écouter Wajdi Mouawad.

Les propos de l'auteur, qui est, pour certains, libanais, pour d'autres, français, canadien ou encore québécois, se mariaient bien avec les thématiques abordées dans le colloque.

«L'objectif était de réunir des spécialistes de la littérature francophone de différentes régions du monde pour regarder comment les écrivains s'inspirent des différents modèles littéraires», explique Lise Gauvin, professeure au département des littératures en langue française à l'Université de Montréal et responsable scientifique du colloque.

Il a aussi été question de la coexistence des différentes littératures francophones. Dès l'ouverture du colloque, Mme Gauvin a fait allusion au manifeste Pour une littératude-monde en français signé par 44 écrivains et publié dans Le Monde en 2007, qui promeut une littérature libérée de son pacte exclusif avec la nation.

Invitée à se prononcer sur le sujet, Françoise Lionnet, professeure de littérature comparée à l'Université de la Californie à Los Angeles, ne croit pas du tout à l'idée. «Une littérature-monde, c'est une littérature qui vient de Paris. C'est un vieux projet de colonisation recyclé, finalement! Je crois plutôt à des littératures francophones dans lesquelles on voit des traces créoles, maghrébines ou autres. C'est ce qui fait la richesse d'une littérature», explique celle qui est originaire de l'île Maurice.

Preuve que la langue est un sujet très sensible, le manifeste suscite encore le débat près de trois ans après sa parution.

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Collaboratrice du Devoir

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