Semianyki à la Tohu - Papa n'a pas toujours raison

Un clan tordu...
Photo: Théâtre Licedei Un clan tordu...

Bienvenue dans un monde de tarés, où on s'aime à mourir, on se découpe à l'égoïne, on étouffe son père le sourire aux lèvres. Aussi contagieux que la grippe porcine, l'humour loufoque et décapant des clowns russes du Licedei a réussi à contaminer la Tohu, transformée depuis mercredi en merveilleuse foire d'empoigne.

Avec leurs têtes hallucinées et leurs costumes aux couleurs criardes, la famille délirante de Semianyki, disons-le d'emblée, ne partage aucun gène avec le clown générique moyen, vu et revu dans le cirque ordinaire.

On a affaire ici à une véritable caricature en 3D, à une bande dessinée en direct, phylactères en moins, qui carbure à l'absurde, et décline sur tous les tons les travers de la vie en famille.

Campé dans un décor à la Tim Burton, cette famille au bord de la crise de nerfs, véritable pendant russe de la famille Adam, se compose d'un père lymphatique, d'une mère bienveillante sur le point d'accoucher et de quatre rejetons, tous plus sadiques les uns que les autres.

Dans ce clan tordu, la dynamique consiste à zigouiller papa à l'insu de maman, enceinte jusqu'aux yeux, et qui, à chaque nouvel assaut, tente de masquer les méfaits de sa turbulente progéniture. Toujours muets, les personnages de cette smala dégénérée sont tout simplement hilarants, et parviennent par la seule pantomime à débusquer les tares et fantasmes qui sommeillent au plus profond de chacun.

Le bruitage sonore omniprésent ajoute au côté bédéesque du spectacle. Les numéros du père crucifié qui tente de boire un coup les bras liés, de la mère qui raconte une histoire d'horreur à ses marmots et celui du fiston chef d'orchestre sont à crouler de rire.

Mère indigne et mère veilleuse à la fois (comme disait Sol), Olga Eliseeva s'avère tout simplement délirante dans son rôle de mère-épouse-amante-ménagère-enceinte. Malgré ce chaos permanent, la famille finit toujours par se ressouder, incapable de couper le cordon ombilical qui les lie. Semianyki navigue à la frontière de l'absurde et de l'humour noir, sans jamais toutefois tomber dans la vulgarité. On les voudrait parfois encore plus méchants, tant leurs sursauts de cruauté sont jouissifs. Mais le spectacle, on l'aura compris, se veut largement familial. De 7 ans à 97 ans.

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Semianyki, du Théâtre Licedei, à la Tohu jusqu'au 2 janvier.

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