Spectacle - Renaissance à Rome

Figure atypique, Gaétan Nadeau squatte les scènes plus underground, les créations singulières et préfère les seconds rôles marquants aux personnages attendus.
Photo: Angelo Barsetti Figure atypique, Gaétan Nadeau squatte les scènes plus underground, les créations singulières et préfère les seconds rôles marquants aux personnages attendus.

Rome inspire probablement autant de splendeur que de décadence. Et un regard jeté derrière soi au mitan de la vie en fait peut-être autant. De ce mélange troublant est né Personal Jesus, one man show de Gaétan Nadeau, acteur-performeur au charisme baroque, qui s'offre un premier spectacle solo de son cru.

«C'est l'adaptation scénique d'un journal de voyage que j'ai fait en 2008», résume en entrevue Gaétan Nadeau, qui a bénéficié du studio du Québec à Rome au courant de cette année. «Je me suis laissé prendre par le jeu de l'écriture» avec laquelle il n'avait d'ailleurs pas renoué depuis la parution du roman écrit à quatre mains avec Diane Jean, Comme au ciel (VLB), en 1994.

L'état que distille le voyage, la forte impression romaine, jumelés à la réflexion identitaire de la mi-quarantaine, composent la matière du solo. Ses lectures aussi, notamment celles de Pasolini et du Voyage en Italie de Chateaubriand, ont nourri l'imaginaire de l'oeuvre, qui va et vient, sur un mode impressionniste, entre la grande histoire et sa propre vie intime, les impressions de voyages et les anecdotes personnelles, le jeu théâtral, quelques morceaux chorégraphiés et des projections vidéo.

«C'est comme un rebirth dans le berceau de la civilisation occidentale», dit-il. Il s'interroge sur l'art, les rituels religieux et païens. À sa manière colorée, baroque et absurde, il rassemble ainsi «Donald Lautrec, Rafaella Cara, Bach/Bacchus/Vénus, Yourcenar, Pasolini, l'extase de Sainte-Thérèse, la roche Tarpéienne, les slips mal ajustés et la retransmission télévisée de la messe dominicale Le Jour du Seigneur», comme le résume l'équipe du Théâtre La Chapelle qui présente le spectacle jusqu'à samedi.

L'éloge du monde paysan de Pasolini l'a ramené à ses origines rurales, et le récit de Chateaubriand, ambassadeur envoyé au Vatican par Napoléon, qui s'étend plus longuement sur ses chocs esthétiques et ses rencontres avec les gens que sur son audience brève et ennuyeuse auprès du pape, l'a réconcilié avec l'idée que, finalement dans la vie, «le voyage vaut plus que la destination».

Figure atypique, Gaétan Nadeau squatte les scènes plus underground, les créations singulières et préfère les seconds rôles marquants aux personnages attendus. Il a travaillé avec Brigitte Haentjens, Éric Jean et Cristian Popescu. Mais on le connaît surtout pour sa collaboration assidue avec Marie-Stéphane Ledoux et Jacques Brochu de Mia Maure Danse, qui collaborent d'ailleurs à la mise en scène, à la chorégraphie et à la scénographie de Personal Jesus.

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