La ministre Normandeau rencontrera les employés du câble

La ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, s'est finalement engagée hier à rencontrer les travailleurs québécois du câble électrique, qui craignent qu'Hydro-Québec s'approvisionne de plus en plus auprès d'usines situées à l'extérieur de la province. Selon eux, des centaines d'emplois sont menacés à court terme.

Mme Normandeau a convenu de discuter de ce dossier avec des représentants des quelque 150 travailleurs du câble, qui manifestaient hier devant l'Assemblée nationale à Québec pour exiger qu'Hydro-Québec utilise uniquement des câbles fabriqués ici. L'attaché de presse de la ministre a par la suite confirmé qu'elle tiendra une rencontre avec les représentants syndicaux «dans les prochains jours». Celle-ci portera sur «l'ensemble de la situation dans l'industrie du câblage».

Interpellée à ce propos au cours de la période de questions à l'Assemblée nationale, la ministre Normandeau a souligné qu'«Hydro-Québec s'approvisionne déjà auprès de certaines usines qui fabriquent du câble au Québec. Je me suis engagée à rencontrer les représentants des travailleurs pour voir comment, ensemble, on pourrait aller encore plus loin. Les travailleurs peuvent compter sur ma collaboration».

Le message du directeur québécois du Syndicat des métallos, Daniel Roy, n'en est pas moins clair. «Le gouvernement du Québec doit envoyer un message aux multinationales du câble: pour profiter de la manne des contrats d'Hydro-Québec, elles ont intérêt à maintenir leur production ici! C'est une question de respect.»

Prysmian

La société d'État accepte déjà que certains câbles proviennent de deux usines que possède la multinationale italienne Prysmian en Ontario et aux États-Unis. Celles-ci auraient déjà profité de contrats de plus de cinq millions de dollars depuis le déclenchement d'une grève à l'usine de Saint-Jean-sur-Richelieu, propriété de Prysmian. Ces deux usines sont maintenant en voie de certification permanente, selon les informations obtenues grâce à la Loi sur l'accès à l'information. «Dès que Prysmian aura le feu vert, on perd 200 emplois à Saint-Jean», affirme M. Roy.

Le leader syndical craint en outre que ces «exportations d'emplois» se multiplient, entraînant la fermeture de plusieurs usines au Québec. Pourtant, assure-t-il, «nous avons toute l'expertise nécessaire ici». Déjà, pas moins de 10 des 17 fournisseurs de câbles d'Hydro-Québec les produisent à l'extérieur de la province. Et Nexans a fermé son usine de Québec en début d'année.

General Cable

La direction de l'usine General Cable, à Saint-Jérôme, a quant à elle annoncé que les installations seront fermées pour une durée indéterminée à compter de décembre prochain. Pour le syndicat des travailleurs de l'usine, il semble évident que les négociations qui piétinent depuis plusieurs mois sont liées à cette annonce. La convention collective est expirée depuis le 15 avril dernier et après de nombreuses rencontres, les négociations n'auraient pas beaucoup évolué.

L'employeur a de nombreuses demandes de concessions majeures, alors même qu'il n'a jamais été en mesure d'en démontrer la justification, estime le vice-président de la direction du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier pour le Québec, Michel Ouimet. «Ils sont incapables de nous donner des détails sur les coûts de production dans l'usine, alors je comprends mal comment ils peuvent évaluer le coût et le besoin de leurs demandes», déplore le dirigeant syndical.

Les travailleurs ont donc donné un mandat de grève à leur comité de négociation en août dernier. «Et c'est à la suite de ce vote que la compagnie General Cable a annoncé son intention de fermer temporairement l'usine, qui fonctionne pourtant à plein régime depuis ces dernières semaines», fait valoir M. Ouimet.

Qui plus est, a relevé hier le député péquiste Gilles Robert au cours de la période de questions à l'Assemblée nationale, «des représentants d'Hydro-Québec et des dirigeants de l'usine de Saint-Jérôme ont passé une partie de la semaine dernière à l'usine de General Cable en Illinois dans le but de lui accorder une certification lui permettant d'approvisionner Hydro-Québec. Cette usine fabrique les mêmes produits que l'usine québécoise».

Ce à quoi la ministre a répondu qu'Hydro a un plan de contingence avec ses fournisseurs pour éviter les ruptures d'approvisionnement. Un plan d'autant plus important, selon elle, que la Société d'État multiplie les chantiers et doit s'assurer du bon fonctionnement de ses installations. Même son de cloche du côté d'Hydro-Québec. Son porte-parole, Guy L'Italien, affirme lui aussi que ce sont des fournisseurs québécois qui produisent la plus grande part des câbles utilisés dans le réseau.

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