N'aie pas peur

Le rap qu’offre Movèzerbe peut plaire tant aux fanatiques de 
hip-hop qu’à ceux de musique du monde ou de funk.
Photo: Le rap qu’offre Movèzerbe peut plaire tant aux fanatiques de hip-hop qu’à ceux de musique du monde ou de funk.

Le nouveau groupe Movèzerbe, super collectif réunissant la crème des rappeurs de Québec, offre l'un des meilleurs raps aux accents funk, reggae et électro qu'ait connu la Belle province.

L'engouement pour le groupe, encore marginal, se propage graduellement chez les mélomanes grâce à un spectacle solide, impliquant une dizaine de musiciens. Loin des artistes regroupant les dernières tendances adolescentes dans les clubs, le groupe en prestation ce soir aux FrancoFolies semble tout de même souffrir de la mauvaise image du rap au Québec.

«L'autre jour, j'étais habillé un peu "hip-hop", et il y a une femme qui m'a demandé si j'avais 17 ans», s'amuse Daniel Russo-Garrido, alias Boogat, l'un des rappeurs les plus importants de sa génération. «Dans sa tête, un gars habillé à la mode hip-hop doit avoir 17 ans.»

Rassemblant les deux Tom, Karim Ouellet, Accrophone, AbidboX, KenLo Le Narrateur et Boogat, Movèzerbe est l'aboutissement de nombreuses collaborations entre ces rappeurs et musiciens de la scène de Québec. Avec ses deux albums solos à son actif, Russo-Garrido, trentenaire désormais installé à Montréal, est aussi le père d'un jeune enfant. La musique de son dernier collectif est d'ailleurs très rassembleuse.

«On se bute souvent aux préjugés et au fait que les mentalités n'ont pas beaucoup évolué. Les générations sont tellement compartimentées, elles ne se mêlent pas assez.»

Le rap qu'offre Movèzerbe pourrait pourtant plaire tant aux fanatiques de hip-hop qu'à ceux de musique du monde ou de funk. Sur scène, les claviers, batteries et autres guitares côtoient des instruments comme le bérimbau brésilien, la flûte traversière ou le chant soul.

Créé en un mois de réclusion dans un chalet des Cantons-de-l'Est, le premier album, Dandrophile reflète l'expérience et le talent de ses protagonistes, qui ont tous leurs propres projets en parallèle. «On s'arrange simplement pour que ça soit le fun pour tout le monde, pour qu'on y trouve vraiment du plaisir», raconte celui qui est aussi instrumentiste.

C'est à Québec que l'engouement semble se propager le plus rapidement en ce moment. Un même spectacle peut rarement y être présenté plus de quatre fois, selon lui. «Dans le cas de ce projet, il y a chaque fois plus de monde. Les gens reviennent et semblent s'amuser de plus en plus. Dans la ville de Québec, il y a tout un effet d'entraînement en ce moment.»

Après quelques dates dans la province, le groupe est de retour à Montréal ce soir à 22h, au Cabaret Juste pour rire, en compagnie du chanteur soul français Spleen. Le groupe vient également de sortir un nouveau vidéoclip pour la pièce titre de son album, tandis que Boogat prévoit lancer quatre nouveaux maxis cette année et un album en espagnol l'année prochaine.

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Collaborateur du Devoir