Patrick Timsit: la solitude de l'homme méchant

Le comique français Patrick Timsit.
Photo: Jacques Nadeau Le comique français Patrick Timsit.

La musique de western spaghetti met l’ambiance. Le rideau se lève et l'homme seul apparaît, changeant de pause sous les flashs de lumières blanches et les applaudissements. (mis en ligne samedi, 10h)

Pendant 14 ans, le comique français Patrick Timsit ne s'était pas frotté au stand-up comique, trop occupé par le cinéma (La Crise, Un Indien dans la ville, Paparazzi, etc.). En mars 2008, il est remonté sur les planches de l'Olympia à Paris pour y présenter son nouveau spectacle The one man stand-up show (Le spectacle de l'homme seul debout), une aventure solo que l'artiste a présentée hier, pour la première fois au Québec, au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Le tout, à l'invitation du festival Juste pour rire.

Capable d'être hystérique sur commande, agaçant quand il le faut, flamboyant au bon moment et surtout caustique en tout temps, Timsit et son côté vitriolique avait forcément mis la barre très haute en annonçant sa venue en ville, pour deux soirs seulement. Et malgré son énorme talent, il n'a pas été capable d'aller au-delà, hier soir.

C'est qu'en une heure trente — pas plus —, le drôle a fait rire, mais n'a pas étonné avec son enfilade de numéros tirant, comme il aime le faire, dans toutes les directions: sa femme, l'angoisse du père avant la naissance d'un enfant, les racistes, les catholiques, Sarkozy, les Chinois, le tourisme dans les pays du tiers monde.

Oui, Timsit est un franc-tireur du rire. Et ça l'amuse. «À la campagne, il faut faire attention: un animal sur deux est un paysan», lance-t-il dans les premières minutes. Pour donner le ton.

La suite reste bien sûr dans le même esprit, oscillant entre blagues un peu convenues et pas très dangereuses, mais aussi vacheries bien senties sur les grands de ce monde — dont Benoît XVI passé «des jeunesses hitlériennes aux vieillesses catholiques» — ou les vecteurs de l'obscurantisme, dont les clowns, la pire des races selon lui, sont du nombre. Le tout dans un effort d'adaptation pour le public d'ici, que la bête de scène prend d'ailleurs un malin plaisir à souligner.

Un exemple: Il parle de Montréal, ville qu'il dit bien connaître, et qu'il aime particulièrement au printemps, quand plein de choses se mettent à pousser au moment où la neige fond: «des ordures de toutes les couleurs». Pas de doute. Même s'il est ici pour la première fois, il semble bien maîtriser les quatre saisons de l'environnement urbain montréalais.

Timsit parait toutefois moins à l'aise avec ses habitants en s'avançant finalement devant son public avec une petite angoisse qui tout au long de son spectacle donne l'impression qu'il réprime son besoin légendaire de choquer, en poussant d'ordinaire, avec intelligence, les limites des spectateurs. Un besoin d'ailleurs allègrement alimenté par Bruno Gaccio et Jean-François Halin, des anciens de la célèbre émission de marionnettes caustiques et cyniques, Les Guignols de l'info, dont l'esprit apparaît par moment dans les textes du drôle.

À la ligne d'arrivée, Timsit limite toutefois les dommages, avec quelques belles envolées — celle sur les Portugais, jugés «pas très design» est d'une efficacité redoutable — et ce côté touchant que le pied-noir met régulièrement à profit pour séduire. Ce qu'il ne devrait pas manquer de recommencer, ce samedi, pour une deuxième et dernière fois, sur les planches du TNM.

Le Devoir