L'écrivain Paul M. Marchand est mort

Paul M. Marchand en 2003
Photo: Paul M. Marchand en 2003

Il traquait la mort sur le terrain de la guerre et l'a finalement trouvée chez lui. L'ancien reporter de guerre et écrivain français Paul M. Marchand, qui a habité quelques années au Québec, s'est suicidé la semaine dernière. Grasset, son éditeur parisien, a confirmé son décès mardi. Il avait 47 ans.

Personnage aussi fascinant qu'inquiétant, Paul Marchand aura vécu sans compromis. Il est devenu reporter de guerre en s'élançant sur le terrain de l'horreur dès l'âge de 19 ans, d'abord à Beyrouth, puis à Sarajevo.

Il traversait volontiers les lignes ennemies pour aller chercher du ravitaillement et prendre le pouls de l'horreur, qu'il relatait ensuite dans ses reportages poignants, entre autres sur les ondes de Radio-Canada. Déjà, le romancier guettait.

«C'était un journaliste confirmé, mais il ne connaissait pas la limite entre le fait d'être témoin et le fait d'être acteur», rapporte au Devoir son aîné Roger Auque, réputé correspondant de guerre qui avait pris le jeune journaliste sous son aile à ses débuts. «Il avait un parti pris.»

Impossible d'ignorer sa silhouette longiligne de dandy moderne, ses grosses lunettes et son tempérament bouillonnant de provocateur. Sur sa vieille Alfa Romeo à Sarajevo, il avait écrit: «Inutile de tirer, je suis immortel.» Un défi lancé aux tireurs embusqués, tant bosniaques que serbes, et qui aura raison de sa carrière de reporter en 1993, lorsqu'une balle le blesse grièvement au bras.

Commence alors sa carrière de romancier, brève mais intense. Symphonie pour le diable, récit échevelé de sa descente aux enfers bosniaques et libanais, paraît en 1998. C'est l'époque où il réside au Québec, avec lequel il entretient un rapport d'amour-haine. Ici comme à Paris, sa grande gueule lui attire des ennemis, mais plusieurs apprécient sa franchise, loin de la langue de bois et du ton conciliant. Encore récemment, il collaborait à un scénario de film basé sur Symphonie pour le diable avec l'écrivain québécois Guillaume Vigneault.

Ont paru ensuite Ceux qui vont mourir (2001), J'abandonne aux chiens l'exploit de nous juger (2003) et Le Paradis d'en face (2007). «Il avait une plume formidable, dit M. Auque. Toute proportion gardée, il me fait penser à Boris Vian ou Arthur Rimbaud, des poètes maudits qui brûlent la vie et savent qu'ils ne vont pas vivre vieux.» Son suicide, Roger Auque l'interprète d'ailleurs comme «l'ultime révolte».