Un écrin de verre et de bois pour l'OSM

photos groupe immobilier ovation
L’«Adresse symphonique», le nom temporairement donné à l’endroit où l’OSM s’installera à temps pour sa saison 2011-12, aura une apparence chaleureuse, moderne et épurée où le bois (du hêtre tout québé
Photo: photos groupe immobilier ovation L’«Adresse symphonique», le nom temporairement donné à l’endroit où l’OSM s’installera à temps pour sa saison 2011-12, aura une apparence chaleureuse, moderne et épurée où le bois (du hêtre tout québé

Ce sera donc une boîte ondulante de bois ceinturée d'une boîte de verre anguleuse et translucide. Les plans virtuels de la future salle de l'Orchestre symphonique de Montréal ont été dévoilés hier matin, alors que le vrai chantier débutait avec la démolition des stationnements souterrains sur l'esplanade nord-est de la Place des arts (PdA). L'Adresse symphonique (c'est son nom officiel pour l'instant) sera inaugurée à l'automne 2011, et maestro Kent Nagano a promis qu'il sera alors au pupitre.

«Acoustiquement parlant, si on veut être de calibre international, la stratégie de mettre une boîte dans une boîte est importante», a expliqué au Devoir Michel Languedoc, architecte directeur du projet de la firme montréalaise Aedifica. «Mais au lieu de boîtes, nous préférons parler d'un joyau dans un écrin... »

Aedifica travaille avec Diamond and Schmitt Architects de Toronto, qui a notamment conçu le Center for Performing Arts de Toronto. Les deux firmes collaborent au Groupe immobilier Ovation, une filiale de SNC-Lavalin chargée de la construction, du financement, de l'exploitation et de l'entretien de l'équipement culturel majeur réalisé en partenariat public privé (PPP).

Québec va payer Ovation pendant 27 ans et deviendra propriétaire des lieux en 2038. Les investissements nécessaires pour la durée du contrat sont maintenant évalués à 259 millions (en dollars d'aujourd'hui).

«Nous sommes dans les échéanciers que nous nous étions fixés en 2006 [au moment de l'annonce du PPP] et nous avons même fait un petit peu mieux au niveau des coûts», a dit le premier ministre Jean Charest, en conférence de presse, rappelant que le budget initial prévoyait une enveloppe de six millions de plus. «C'est donc mission accomplie pour les objectifs fixés. On construit une salle qui sera de haut calibre.»

L'orchestre à l'enviable réputation mondiale attend sa salle de concert depuis des décennies, et plusieurs projets précédents sont morts-nés. Lucien Bouchard, ex-premier ministre du Québec et président du conseil d'administration de l'OSM, a déridé l'assemblée en soulignant la réussite de Jean Charest dans ce long et fastidieux dossier.

«Je dois exprimer un double sentiment contradictoire, l'humilité et la fierté, a dit M. Bouchard. L'humilité est personnelle, la fierté collective. J'ai l'humilité de reconnaître que le premier ministre Charest a réussi là où j'ai échoué ainsi que d'autres qui m'ont précédé d'ailleurs.»

Interpellant l'actuel chef du gouvernement, il a lié ce succès «à vos talents et à l'authenticité» mais aussi «à cette bénédiction qui vous est échue, celle de la durée en politique qui vous donne le privilège à la fois d'annoncer les projets et d'inscrire votre nom sur les pierres inaugurales».

La conférence de presse se tenait sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier, un lieu de diffusion multifonctionnel étrenné par l'OSM le 21 septembre 1963. L'orchestre occupera sa nouvelle maison 240 jours par année, le reste étant cédé aux clients de la PdA. La ministre de la Culture demeure confiante pour l'occupation maximale des milliers de fauteuils du complexe culturel qui comprendra alors six salles de différentes tailles.

Celle de l'OSM sera du type «shoe box», une configuration qui a fait ses preuves mondialement. Elle deviendra la dernière salle signée par l'acousticien feu Russel Johnson, fondateur de la firme new-yorkaise Artec.

L'Adresse symphonique, constituée à 70 % de bois, occupera près de 20 000 mètres carrés et pourra accueillir 1900 spectateurs, 120 musiciens et 200 choristes. L'entrée principale sera rue Saint-Urbain, devant deux places vertes, elles aussi en construction dans le Quartier des spectacles.

Maestro Nagano a confié avoir déjà reçu des courriels et des appels de personnalités du monde (le maire d'une grande ville des États-Unis, un prix Nobel... ) signifiant leur bonheur de voir construire ce lieu culturel. «Ils ne m'ont pas félicité personnellement. Ils étaient heureux que je fasse partie, avec l'orchestre, de quelque chose d'exceptionnel, ici, à Montréal, au Québec et au Canada», a dit le chef Nagano qui n'a imposé qu'une seule condition au projet, soit le choix d'Artec. «Je reste humble devant cette nouvelle, parce que moi et mes collègues de l'OSM ne sommes que de simples artisans qui pratiquent un ancien métier.»

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