Avis du Conseil du patrimoine - Le quadrilatère Saint-Laurent doit être modifié

Société de développement Angus
Le chantier de quelque 165 millions de la Société de développement Angus redéfinirait le secteur délabré en implantant une tour de treize étages «en forme de barre», au-dessus et en retrait des édifices exista
Photo: Société de développement Angus Le chantier de quelque 165 millions de la Société de développement Angus redéfinirait le secteur délabré en implantant une tour de treize étages «en forme de barre», au-dessus et en retrait des édifices exista

Après le 2-22 Sainte-Catherine, le Conseil du patrimoine donne son avis sur le mégaprojet d'environ 3,7 hectares envisagé sur l'îlot au nord du Monument-National. Le verdict s'avère beaucoup plus sévère pour cette proposition qui déroge aux prescriptions du Plan d'urbanisme par la hauteur comme par la densité.

Ça ne passe pas, du moins en l'état. Le Conseil du patrimoine de Montréal (CPM) critique plusieurs éléments essentiels du projet de transformation complète de l'îlot ouest du boulevard Saint-Laurent, au nord du Monument-National (MN).

Les observations négatives portent sur tous les côtés du quadrilatère (Saint-Laurent, Clark, Sainte-Catherine et MN), mais visent aussi la tour projetée sur le tout. Compte tenu de l'importance du site par rapport à l'histoire et à l'identité montréalaises, le Conseil souhaite même réévaluer le projet quand il aura été modifié.

Le chantier de quelque 165 millions de la Société de développement Angus (SDA) redéfinirait le secteur délabré en implantant une tour de treize étages (67 mètres) «en forme de barre», au-dessus et en retrait des édifices existants. Elle abriterait des bureaux d'Hydro-Québec. Un autre immeuble d'environ cinq étages remplacerait l'édifice Art déco existant en tête d'îlot, du côté de Sainte-Catherine. Les plans toujours à l'ébauche sont signés par des consultants en architecture (Aedifica + Gilles Huot, avec le Français Paul Andreu) et en urbanisme (le groupe Gauthier Biancamano Bolduc).

Dans son avis de neuf pages, l'organisme-conseil de la Ville de Montréal recommande de ne pas démanteler les édifices existants sur le boulevard et encore moins de déplacer les façades vers le nord , tel que cela est proposé par les concepteurs. Le CPM demande de respecter les caractéristiques des rez-de-chaussée de ces immeubles en n'y perçant pas de grandes ouvertures. Il rejette tout bonnement l'idée de creuser un passage à travers l'îlot, un élément central de l'aménagement, puisque l'accès au grand immeuble se ferait par cette nouvelle allée entre la rue Clark et la «Main».

La hauteur de cette tour interpelle moins les experts en patrimoine que son emplacement. L'avis demande s'il n'est pas possible de la déplacer vers le nord, «de manière à s'éloigner du Monument-National et à maintenir la perception d'escalier de part et d'autre de ce dernier». Le texte conseille de concevoir la forme et les matériaux de ce gratte-ciel «de manière à ce que celle-ci soit perçue comme une arrière-scène pour les petits bâtiments au rythme serré et de faible hauteur situés sur les rues limitrophes».

Pour la tête d'îlot, l'avis propose de réaliser une étude vérifiant l'intérêt patrimonial de la construction existante afin de justifier ou non sa démolition. D'ailleurs, dans l'ensemble, le Conseil exhorte à adopter diverses mesures pour assurer «une approche de conservation plus rigoureuse» dans l'élaboration du projet. Ce souhait concerne par exemple les «dimensions ethnohistoriques» du boulevard, les évaluations des façades de la rue Clark, mais aussi le potentiel archéologique de portions du quadrilatère.

L'avis souligne finalement qu'il faudra concevoir cette tête d'îlot en regard du bâtiment à venir au 2-22 Sainte-Catherine, du côté est de l'intersection. L'idée demeure évidemment d'établir une cohérence dans ce secteur historique, surchargé symboliquement pour Montréal.

Le CPM a déjà livré son avis sur cette autre proposition du même promoteur. La dérogation d'un étage demandée pour la hauteur est jugée acceptable, tandis que les quatre faces de l'immeuble projeté posent plus ou moins de problèmes.

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