Regards d'ici - « Phyllis Lambert a élevé les normes d'excellence »

Vue de l’exposition consacrée en 2008 aux perspectives de vie à Londres et à Tokyo, imaginées par Stephen Taylor et Ryue Nishizawa.
Photo: Vue de l’exposition consacrée en 2008 aux perspectives de vie à Londres et à Tokyo, imaginées par Stephen Taylor et Ryue Nishizawa.

À la fois centre international de recherche et musée, le Centre canadien d'architecture (CCA) a ouvert ses portes au public en 1989. Regards d'architectes montréalais et torontois sur cet établissement culturel.

«Très peu de personnes dans l'ensemble du pays ont élevé les normes d'excellence en architecture au niveau où Phyllis Lambert l'a fait», estime Bruce Kuwabara, architecte torontois, faisant ici référence au travail de la directrice et fondatrice du Centre canadien d'architecture (CCA) et à la qualité architecturale du bâtiment, des expositions et des programmes de l'établissement. M. Kuwabara fait valoir qu'il existe peu de centres semblables dans le monde. «Le CCA est un trésor international», affirme cet architecte, récipiendaire en 2006 de la Médaille d'or de l'Institut royal d'architecture du Canada et actuellement membre du conseil des fiduciaires du CCA.

Fondé en 1979, le CCA a ouvert ses portes au public dix ans plus tard. «Ça nous a interpellés dès le départ», raconte Gilles Saucier, architecte montréalais, qui mentionne que les débuts du musée coïncident à peu près avec ceux de la firme Saucier + Perrotte Architectes, fondée en 1988. «On voyait déjà que le CCA allait inscrire Montréal dans un horizon beaucoup plus large, un horizon international, et qu'il y amènerait des figures internationales, ce qui nous permettrait d'avoir cet autre regard-là, ce contact avec la scène internationale.»

Le CCA a en effet invité des architectes et des chercheurs en architecture de renommée internationale. Le Centre d'étude du CCA, inauguré en 1997, accueille notamment des chercheurs issus de différents pays, dans le cadre d'un programme de résidences soutenu par la Fondation Andrew-W.-Mellon. Le CCA a également organisé des débats publics entre penseurs et architectes de réputation internationale. L'établissement a ainsi invité Rem Koolhaas et Peter Eisenman en 2007, puis Greg Lynn et Yung Ho Chang l'année suivante.

Gilles Saucier apprécie la venue à Montréal de figures internationales de l'architecture. «Ça élargit nos horizons et c'est important. Nous, on travaille maintenant beaucoup plus vers l'international, et le CCA a certainement été une porte d'entrée pour nous. Il nous a aidés à créer ces liens-là avec une scène qui est beaucoup plus large que la scène locale.»

Anne Cormier, directrice de l'École d'architecture de l'Université de Montréal, se réjouit elle aussi de la présence à Montréal d'architectes, de professeurs et de chercheurs étrangers. «C'est extrêmement stimulant pour les chercheurs, les enseignants, les étudiants et les professionnels [d'ici].»

Selon Mme Cormier, le CCA est «un centre d'une importance intellectuelle très appréciable. Il y a un fonds d'archives qui présente un intérêt international certain et une librairie qui est extrêmement bien garnie», ajoute-t-elle.

La directrice de l'École d'architecture de l'Université de Montréal souligne par ailleurs que le CCA organise, en collaboration avec des universités, des charrettes interuniversitaires, un genre de miniconcours de design et d'aménagement pour les étudiants et les diplômés récents. Elle indique également que l'École d'architecture de l'Université de Montréal bénéficie d'un don de Mme Lambert pour organiser chaque année un séminaire international. «Il y a le noyau du CCA, mais il y a aussi des effets qui se répercutent dans d'autres établissements.»

Expositions

Le CCA a en outre présenté de nombreuses expositions au fil des ans, dont Le Panthéon: Symbole des révolutions, en 1989, Frank Lloyd Wright: Inventer un paysage américain, 1922-1932, en 1996, et Herzog & de Meuron: Archéologie de l'imaginaire, en 2002 et 2003.

Il a également invité des architectes montréalais à exposer à l'intérieur de ses murs. L'Atelier Big City, fondé par Anne Cormier, Randy Cohen et Howard Davies, y a par exemple présenté une installation en 1998. «On est plusieurs de ma génération à avoir commencé à vouloir se démarquer en architecture à peu près au moment où le CCA se construisait, et le fait d'avoir été invités à y exposer a certainement été très important», affirme Mme Cormier. L'Atelier Big City a aussi participé à l'exposition Laboratoires, en 2002.

La firme Saucier + Perrotte Architectes a pour sa part présenté l'installation Les Lieux de la couleur, en 2000, au CCA. Gilles Saucier a également conçu le design de l'exposition 1973: Désolé, plus d'essence, à l'affiche de novembre 2007 à avril 2008. Il affirme que cela a permis à Saucier + Perrotte Architectes de voir à quel point «l'expertise du CCA est immense, autant en ce qui concerne la conservation que la création et le montage d'expositions de calibre international».

Faire école

Interrogé sur les expositions marquantes du CCA, Gilles Saucier cite notamment celle consacrée en 2008 aux perspectives de vie à Londres et à Tokyo qu'ont imaginées Stephen Taylor et Ryue Nishizawa. L'exposition comprenait des maquettes et des photographies de maisons. «Je trouvais que ça pouvait véritablement faire école dans une ville comme Montréal, qui est en mal de se renouveler sur le plan de la création de l'habitation, entre autres», dit Gilles Saucier, ajoutant que l'exposition pouvait donner une perception de l'habitation qui est différente de celle qu'on a tendance à avoir spontanément. «Des gens qui ne sont pas du tout en architecture m'ont dit que c'était vraiment intéressant de voir à quel point ça pouvait aller beaucoup plus loin que ce qu'on a actuellement comme développement de la ville. Donc, à ce moment-là, le CCA contribue de façon très directe à montrer aux gens les possibles de l'architecture.»

Anne Cormier croit pour sa part que le CCA a eu un effet sur la perception que le grand public a de l'architecture. «Déjà, simplement de savoir qu'il y a des expositions sur l'architecture, on pense à l'architecture différemment. On pense effectivement qu'il y a de l'architecture, alors que peut-être autrement on n'y pense pas particulièrement», dit Mme Cormier, soulignant le travail de vulgarisation et de sensibilisation du Centre canadien d'architecture.

Bruce Kuwabara estime que les expositions présentées récemment au CCA sont susceptibles d'intéresser un large public: «Il y était question de la perception de la ville et des façons dont les individus peuvent façonner l'environnement urbain.» Plusieurs expositions ont ainsi reflété des préoccupations urbaines, sociales et écologiques, dont Gilles Clément/Philippe Rahm - Environnement: manières d'agir pour demain et Actions: comment s'approprier la ville. M. Kuwabara invite les gens à ne pas tenir le CCA pour acquis, à le fréquenter et à le soutenir.

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Collaboratrice du Devoir

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