20 ans d'évolution - « Nous souhaitons continuer à jouer notre rôle dans le débat social »

Mirko Zardini, directeur du Centre canadien d’architecture
Photo: Jacques Grenier Mirko Zardini, directeur du Centre canadien d’architecture

Le Centre canadien d'architecture (CCA) a 20 ans. En constante évolution, l'établissement, unique en son genre, a su intéresser le grand public à l'architecture. Le CCA a aussi réussi à alimenter le débat public sur l'architecture et l'aménagement de l'espace, un rôle particulièrement cher à Mirko Zardini, directeur du CCA.

«C'est remarquable que le CCA, un établissement financé par le privé, soit toujours présent 20 ans après sa fondation», indique d'emblée M. Zardini, qui a eu auparavant une carrière d'architecte de réputation internationale.

Il faut dire que le défi d'intéresser le grand public à l'architecture était ambitieux. Pour y arriver, le CCA a misé sur le sens large et culturel de la discipline. «Nous ne voulions pas être un établissement qui présente seulement des dessins d'architectes, d'autant plus que c'est une discipline très spéciale, difficile à présenter. Nous voulons que les gens comprennent l'intérêt de ce qui leur est montré et développent une nouvelle attitude, une nouvelle conscience face à l'architecture», explique M. Zardini, qui se rend encore aujourd'hui dans les universités les plus prestigieuses comme Princeton et Harvard pour enseigner.

Le CCA a d'ailleurs toujours eu un rayonnement important à l'étranger grâce à ses multiples activités, comme ses expositions et ses publications, mais aussi depuis 1997, grâce à son Centre d'étude qui accueille chaque été une quarantaine de chercheurs actifs dans différentes disciplines. «Les chercheurs invités enrichissent nos expositions ou encore nous donnent de nouvelles idées d'expositions ou d'acquisitions. L'inverse se voit aussi: les recherches peuvent être inspirées d'un aspect d'une oeuvre exposée ou d'un objet d'une de nos collections», explique M. Zardini.

Une nouvelle interprétation de la mission

Depuis deux décennies, la mission du CCA est demeurée la même, mais son interprétation a changé pour suivre l'évolution de la société. Lors de sa création, le CCA devait d'abord affirmer l'importance de l'architecture, indique Mirko Zardini. «Or, aujourd'hui, cet objectif est atteint. Ce que nous avons à faire maintenant, c'est d'attirer l'attention sur des questions d'intérêt pour la société et de stimuler le débat public», explique-t-il.

Cette évolution se retrouve évidemment dans les expositions présentées au CCA. Au début, elles portaient sur l'architecture de façon plus générale. On pense par exemple à la toute première exposition, L'Architecture et son image, ou encore, la même année, à L'Interprétation par la technique. Photographie du CCA.

Par la suite, plus les années ont passé, plus le CCA a essayé de monter des expositions qui allaient rejoindre et intéresser le grand public. On pense par exemple à L'Architecture du réconfort: Les parcs thématiques de Disney, en 1997, ou, l'année suivante, à Surface du quotidien: La pelouse en Amérique.

Aujourd'hui, l'évolution se poursuit. «Nous sommes maintenant rendus à aborder davantage les enjeux contemporains, à mettre les choses en perspective, à prendre position», affirme M. Zardini.

Il fait référence ici à des expositions comme 1973: Désolé, plus d'essence, présentée en 2007. Entré en fonction en 2005, Mirko Zardini a donc agi en tant que conservateur en chef pour cette exposition, qui a donné lieu à la publication d'un livre portant sur l'innovation architecturale, en réponse à la crise pétrolière de 1973. Présentée jusqu'à la fin de semaine dernière, l'exposition Actions: comment s'approprier la ville allait aussi dans la voie de la prise de positions.

La façon de présenter le travail des architectes a aussi changé au CCA. M. Zardini remarque qu'auparavant l'établissement faisait davantage de monographies d'acteurs importants du monde de l'architecture. On pense à Friedrich Weinbrenner: L'architecte de Karlsruhe ou encore à Myron Goldsmith: Poète de la structure. «Maintenant, on en fait moins, affirme M. Zardini. On a plutôt tendance à réunir deux architectes autour d'un sujet important pour l'avenir de la société.»

Des exemples? Gilles Clément/Philippe Rahm - Environnement: manières d'agir pour demain (2006-2007) ou encore Perspectives de vie à Londres et à Tokyo imaginées par Stephen Taylor et Ryue Nishizawa (2008).

L'évolution continue

Ainsi, d'une certaine façon, le CCA prend maintenant position sur des enjeux importants qui touchent la société et l'architecture. Mis à part le fait que le CCA a acquis, au fil des ans, une solide réputation internationale, c'est cette volonté de Phyllis Lambert de faire du CCA un acteur important dans le débat social sur l'environnement urbain et sur l'évolution de l'architecture qui a convaincu Mirko Zardini d'accepter le poste de directeur.

D'ailleurs, à l'occasion des 20 ans du CCA, la direction de l'établissement souhaitait éviter les grandes expositions récapitulatives pour célébrer l'anniversaire. «Nous souhaitons plutôt continuer à jouer notre rôle dans le débat social, à alimenter les discussions», explique M. Zardini.

C'est ainsi que, dès le 19 mai, le CCA présentera La Vitesse et ses limites. L'exposition traite de la place importante qu'occupe la vitesse dans la vie moderne, de l'art à l'architecture et à l'urbanisme, en passant par les arts graphiques, l'économie, la culture matérielle et celle de l'information. En novembre, Autres odyssées de l'espace: Alessandro Poli (Superstudio), Michael Maltzan et Greg Lynn sera à l'affiche.

Ces deux expositions abordent les enjeux de la vitesse et de la technologie, indique M. Zardini. «Elles remettent en question les idées reçues comme quoi il est toujours mieux d'aller plus vite et de développer des technologies toujours plus puissantes, explique-t-il. Dans le fond, avec ces expositions, on remet en question ce qu'on appelle le progrès. Parce que, bien sûr, on a toujours tendance à voir les côtés positifs des avancées technologiques, mais il y a aussi des côtés plus sombres. C'est comme ça que nous participons au débat public.»

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Collaboratrice du Devoir