Québec aura le Moulin... et le Cirque

Un extrait du spectacle Varekai, du Cirque du Soleil
Photo: Agence France-Presse (photo) Un extrait du spectacle Varekai, du Cirque du Soleil

L'après-400e ne s'annonce pas trop morose à Québec: non seulement la capitale gardera vivant le Moulin à images de Robert Lepage pendant cinq ans — ce qui a été confirmé hier —, mais elle accueillera aussi à ses côtés le Cirque du Soleil. Et ce, gratuitement.

Après un court bras de fer, le conseil municipal a adopté hier à 32 voix contre 1 le projet du maire Régis Labeaume de financer la présentation du Moulin pour une période de cinq ans.

Afin de vaincre les réticences de l'opposition — qui doutait et doute toujours de l'utilité de s'engager pour si longtemps sans plan d'affaires détaillé —, M. Labeaume a sorti une carte de sa manche plus tôt cette semaine: une sorte de «deux pour un» comprenant Robert Lepage et le Cirque du Soleil. L'un n'allant pas sans l'autre.

«Si on faisait cette offense à Lepage [de refuser son projet], il était évident qu'on n'avait pas le Cirque», indiquait hier au Devoir M. Labeaume.

Le Cirque? En effet, le maire négociait depuis un certain temps les conditions d'un nouveau projet avec la multinationale circassienne. Si celui-ci est accepté par le conseil municipal — ce qui ne semblait faire aucun doute hier —, le Cirque présentera pendant cinq ans un spectacle gratuit en marge du Moulin à images.

Ce nouveau spectacle serait présenté en plein air, avec une finale sous les bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency — tout près du lieu de projection du Moulin. On évoque un «retour à la rue» pour le Cirque, un spectacle «d'animation urbaine» qui se déroulera juste avant les représentations du Moulin, ce qui permettra aux spectateurs une longue soirée culturelle gratuite.

Les détails du projet du Cirque — évalué à 30 millions — seront révélés mardi, et le conseil municipal aura à se prononcer sur la proposition d'ici une dizaine de jours.

Moulin

Les longues supplémentaires du Moulin à images coûteront quant à elles 22 millions sur cinq ans. La Ville paiera 40 % de la facture.

Les 60 % restants seront comblés par des contributions gouvernementales (par l'intermédiaire du fonds des événements de la Ville, financé par Québec) et privées. Si aucune entente n'a été conclue de ce côté, la Ville affirme qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter: il fallait d'abord assurer la présence de l'événement avant de faire des démarches de recherche, dit-on.

Ventilé, le budget montre que 7,5 millions serviront à défrayer les coûts d'achat de l'équipement de projection qui avait été loué l'été dernier. Outre les taxes, les opérations coûteront 7,7 millions, la création 1,3 million, alors que quelque 2,7 millions sont réservés pour un projet d'éclairage permanent des silos de la Bunge (Aurore boréale), où sont projetées les images du Moulin. Québec s'acquittera d'autre part des coûts liés à la promotion de l'événement, de la sécurité et de l'entretien des lieux (150 000 $ par année).

Le Moulin (tout comme le spectacle du Cirque) sera présenté à 57 reprises chaque été d'ici 2013. Pour éviter autant que possible un effet de redite, le contrat entre la Ville et Ex-Machina (la compagnie de Robert Lepage) prévoit que 20 % du contenu de la projection sera renouvelé cet été, ainsi qu'en 2011 et en 2013.

Selon le maire, ces deux événements assureront à Québec un bon après-400e. «On a tellement plané l'an passé, on aurait perdu notre élan s'il n'y avait rien eu après. Là, on a deux spectacles de calibre international, que Paris et New York prendraient demain matin.»

Régis Labeaume est aussi convaincu que cette offre permettra à Québec et à son industrie touristique de mieux supporter la crise économique. Il fait le calcul qu'en temps de récession, une ville offrant des spectacles gratuits en été sera plus apte à attirer les touristes dans ses rues.

Le chef de l'opposition, Alain Loubier, est d'accord... mais en partie, seulement. «Ce sont des projets intéressants, bien sûr. Mais on aurait aimé voir un plan d'affaires comprenant des prévisions d'achalandage et de retombées économiques. On y va un peu à l'aveuglette en ce moment.»

À cela, Régis Labeaume réplique que ce n'est pas compliqué: avec Robert Lepage et le Cirque du Soleil, le succès est assuré.

La ministre de la Culture, Christine St-Pierre, et son collègue responsable de la Capitale nationale, Sam Hamad, se sont tous deux réjouis des annonces d'hier.

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