C¡RCA à la Tohu - Une nuit sous le ciel austral

Minimaliste et carburant aux mouvements purs, la création By the light of stars that are no longer, par la troupe australienne C¡RCA, est née d’une belle métaphore. Celle de la vulnérabilité humaine ressentie la nuit sous des cieux criblés d’
Photo: Minimaliste et carburant aux mouvements purs, la création By the light of stars that are no longer, par la troupe australienne C¡RCA, est née d’une belle métaphore. Celle de la vulnérabilité humaine ressentie la nuit sous des cieux criblés d’

Ils arrivent des antipodes, comme des comètes propulsées au bout de leurs ellipses, avec un cirque à des années-lumière de ce que l'on connaît ici. Sans fioritures, la troupe australienne C¡RCA nous cause de l'univers et de ses astres déchus, disparus depuis des lustres, mais dont nos pupilles captent encore l'ultime lumière. Vol de nuit sous le ciel austral.

Bien connue dans le reste du Canada et en Europe, la micro-troupe australienne C¡RCA vient enfin poser ses malles au Québec, après avoir souvent tourné en Europe et, plus récemment, à guichets fermés à Seattle, à Winnipeg, à Toronto et chez nos voisins des Maritimes.

Né de la rencontre de pionniers du cirque australien à la fin des années 80, le petit collectif de cirque a muté au cours des années 90 pour se tourner résolument vers le cirque contemporain. Après l'arrivée de Yolan Lifschitz à la direction artistique, la bande circassienne a arpenté de nouveaux territoires et délaissé ses racines plus traditionnelles et familiales. En 2004, C¡RCA voyait le jour avec six interprètes de haut vol, entraînés tant aux arts du cirque qu'à la danse.

Plusieurs se sont cassé le nez en tentant d'accoler une étiquette au singulier C¡RCA. Très gestuelle, la troupe australienne réfute le label de cirque-dansé, ou de cirque-fusion. «Ce n'est pas de la danse, c'est de la performance de cirque pure, mais qui charrie des émotions. S'il y a une influence dans notre travail, c'est peut-être la déconstruction du mouvement, comme ce que fait le chorégraphe William Forsythe», explique Lifschitz.

Minimaliste et carburant aux mouvements purs, le spectacle By the Light of Stars That Are No Longer, créé en 2007, est né d'une belle métaphore. Celle de la vulnérabilité humaine ressentie la nuit sous des cieux criblés d'étoiles. Certaines étoiles brillent de tous leurs feux. D'autres, éteintes, nous envoient leurs derniers sursauts lumineux, tel un baroud d'honneur avant la grande noirceur. Une image vive qui sert d'ancre au spectacle et transforme la piste en tableau clair-obscur, traversé de jets de lumière.

«C'est un spectacle sculpté à partir d'un bloc de lumière. Être dans la lumière, c'est exister. Être dans la noirceur, c'est un peu comme la mort. By the Light of Stars... se penche sur les états extrêmes de l'humanité, sur les derniers moments, et la solitude», explique Lifschitz, joint en Australie quelques jours avant son départ pour Montréal.

Sous le feu des projecteurs, les six interprètes de la troupe manient tour à tour acrobaties, saltos, équilibres, contorsions, numéros de sangles, de trapèze fixe, sans oublier l'énigmatique et curieux «lancer de la fille». Qu'est-ce donc que ce numéro aux consonances passéistes?

Rien à voir avec le classique «lancer du nain» ou l'envolée ultime de l'homme-canon, le «lancer de la fille», explique Lifschitz, est un numéro de haute voltige où une artiste virevolte littéralement d'un bout à l'autre de la piste, tournoyée, contorsionnée et propulsée dans les airs par ses complices.

L'exploit est accompli par l'ex-danseuse Chelsea McGuffin, qui s'adonnera à un singulier numéro d'équilibre sur pointes et livrera, sur un trapèze fixe, un numéro intense d'une douzaine de minutes.

Inclassable, C¡RCA se situe à des lieues du cirque québécois, qui fusionne cirque, théâtre et musique, insiste son directeur artistique. Sa facture particulière émane d'abord d'une trame musicale saisissante, signée par Lifschitz, de laquelle déboule toute la création. Principal élément dramatique de cette oeuvre épurée à l'extrême, la trame sonore de By the Light of Stars... fusionne musique irlandaise, Haydn et... Leonard Cohen!

Audacieux, provocant, C¡RCA est encore une toute jeune étoile dans le firmament des cirques australiens, un art encore émergent là-bas.

«Nous sommes très nerveux de venir ici pour la première fois, dans la cité des arts du cirque, à deux pas de l'École de cirque et du Cirque du Soleil. Nous sommes dans l'épicentre du cirque contemporain», confie Yaron.

Pas extraterrestre du tout, mais bien terre à terre, C¡RCA a tissé une subtile oeuvre de lumière pour mettre à nu une constellation d'états d'âme. À voir, dans une galaxie à deux pas de chez nous.

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By the light of stars that are no longer

C¡RCA

Les 15, 16, 17, 18 et 19 avril

À la Tohu

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