Les Elles de l'art - Dominique Blain engagée !

Dominique Blain
Photo: Dominique Blain

Les Femmeuses passent à l'histoire. Le prix portant ce nom, qui avait pris le relais de l'expo-vente éponyme il y a deux ans, a été rebaptisé. On ne parlera plus des Femmeuses, mais des Elles de l'art (quel nom, tout de même!). Première récipiendaire, mais troisième (après Geneviève Cadieux et Sarah Stevenson) de cette attribution annuelle de 5000 dollars en provenance de Pratt & Whitney: Dominique Blain.

Dominique Blain? Elle fait tellement partie du paysage, et depuis longtemps, qu'on l'imagine la veste pleine de distinctions. Elle doit ressembler à un haut gradé de l'armée, se dit-on, tout un paradoxe pour celle qui dénonce depuis vingt ans la militarisation de la planète.

Mais non, assure-t-elle à l'autre bout du fil, elle n'a jamais reçu le moindre prix. Si, peut-être, mais bien lointain, lors d'un concours de dessin en 1982. «C'est Marcelle Ferron qui me l'a remis», finit-elle par se remémorer. Reste que ce... comment déjà? Les Elles de l'art, oui, ce prix comble un vide dans une carrière pourtant déjà bien remplie, carrière menée ici et à l'étranger (États-Unis et Europe, disons) et dont le point fort a été la rétrospective lancée en 2004 par le Musée d'art contemporain.

Le prix prend tout son sens aussi dès qu'on pense à l'origine de l'engagement du fabricant aéronautique. L'expo-vente de jadis, au-delà de la vitrine qu'elle représentait pour l'art au féminin, servait à amasser des fonds pour les organismes venant en aide aux femmes victimes de violence conjugale.

Dénonciation

Quant à Dominique Blain, artiste engagée s'il en est une, elle a dans la mire plus d'une réalité, qu'elle dénonce moyennant des installations criantes. Les manières divergent, mais on note chez elle un penchant pour l'image imprimée, récupérée ici et là.

«J'ai beaucoup de photos où l'on voit des femmes en pleurs, que j'ai mises de côté mais que je suis incapable de jeter, confie-t-elle. Dans ces images, les hommes sont violents, les femmes, victimes. J'ai été frappée par cette représentation. C'est sûrement un choix éditorial [des médias]. À moins que ce ne soit l'illustration de la réalité.»

Ses installations sont complexes, souvent fragiles, comme peuvent l'être les oeuvres sur (en) papier. Et «difficiles à vendre», dit-elle, pour expliquer le fait qu'elle n'a jamais été des Femmeuses.

«Mais oui, ça semble logique que je sois associée [à ce prix]. La violence contre les femmes m'a toujours préoccupée. Avec Japan Apologizes [de 1993], j'ai abordé le viol de 200 000 Coréennes par l'armée japonaise [pendant la Deuxième Guerre mondiale], alors qu'on n'en parlait pas. Et le Japon ne s'est jamais excusé. J'ai fait cette oeuvre alors qu'il y avait la guerre en Yougoslavie et que les femmes se faisaient violer.»

Dominique Blain ne sait pas ce que le prix lui rapportera. «C'est nouveau pour moi, un prix.» Mais elle admet qu'il est important, surtout, parce qu'il fait parler d'art. Sa cause première.

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Collaborateur du Devoir