Un DJ mécanique

Coast to coast, l'homme a le statut de légende vivante, un des grands artistes canadiens, sinon le plus grand. Alors, quand Michael Snow se déplace, ne serait-ce que le temps d'une soirée et de deux projections de l'un de ses (vieux) films, c'est comme si les Rocheuses l'accompagnaient. Demain, Presents, oeuvre phare du cinéma expérimental de 1981, sera vue par deux salles combles.

Flairant le bon coup, la fondation DHC/Art ressort cette pièce explorant les artifices du septième art, en marge de l'exposition très cinématographique sur Christian Marclay, Replay. Et de relancer celle-ci alors qu'elle tire à sa fin — en cours pour encore une dizaine de jours.

Multidisciplinaires jusqu'à l'os, Christian Marclay et Michael Snow partagent plusieurs traits, dont la passion pour la musique et le cinéma. Leur parenté esthétique s'est souvent traduite dans le passé par des projets communs: expos, enregistrements, disques. Le rapprochement proposé par DHC, entre le DJ Marclay et le jazzman Snow, est tout a fait naturel.

Joint chez lui, à Toronto, Michael Snow dit voir Presents comme un film proche des idées de Marclay. «Dans la séquence de l'appartement, on pense que c'est la caméra qui bouge, mais c'est la scène entière qui le fait. Il y a aussi un disque qui joue; alors, quand la scène bouge, l'aiguille aussi. C'est une espèce de DJ mécanique.»

Presents a fait histoire par sa manière d'explorer la fabrication d'un film, jouxtant une partie mise en scène et une partie documentaire. Une caméra fixe dans un intérieur versus des travellings autour du monde — «un voyage de quatre à six mois, dit Snow, en Europe, dans l'Arctique»...

«[Ce film] s'est construit sur deux principes contraires au cinéma, ses deux antipodes. Dans l'un, on construit la scène, tout est artificiel, calculé. Dans l'autre, ce sont des images panoramiques à la main. Chaque prise de vue est le mouvement de la caméra qui suit le sujet.»

Le vénérable artiste, qui à 80 ans se prépare à exposer des nouvelles oeuvres à Barcelone, a répondu avec enthousiasme à l'invitation de la fondation DHC. Il y sera demain «pour discuter et partager cette expérience».

Collaborateur du Devoir

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