Les artistes laissés en plan par Ottawa se tournent vers Québec

L'impact de l'abolition des programmes d'aide à la tournée par le gouvernement Harper se fait déjà sentir au Québec, où le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), confronté à une hausse importante de demandes de subventions de la part d'artistes, se prépare à faire des choix difficiles.

Depuis qu'Ottawa a abandonné ses programmes de soutien au rayonnement international, on se bouscule au portillon du programme Diffusion Hors Québec du CALQ, le pendant québécois du programme fédéral ProM'Art qui aidait à couvrir une bonne partie des dépenses de tournées des compagnies québécoises.

Selon Stéphan Laroche, responsable du programme danse et musique du CALQ, «on a vu une croissance importante du montant des demandes», lors de la dernière période de soumission au programme Diffusion Hors Québec, qui se terminait le 1er février dernier. On s'attend à un nombre de demandes encore plus important à la prochaine échéance, le 1er mai prochain. Le CALQ refuse toutefois de divulguer des chiffres précis avant la publication de son prochain rapport annuel.

En 2007-08, quelque 3,6 millions ont été versés par le CALQ à des artistes et à des compagnies du milieu des arts de la scène pour soutenir leurs activités de diffusion à l'étranger. En 2006-07, ce montant était de 2,4 millions. Quelques mois seulement après le début de 2009, on s'attend à ce que le total des demandes faites par les artistes, laissés en plan par le retrait fédéral, dépasse de loin les budgets versés l'an dernier.

«Si nos budgets n'augmentent pas, les choix seront encore plus difficiles que par les années passées», a convenu hier M. Laroche.

Le budget du CALQ pour 2009-10 ne sera connu que jeudi, lors du dévoilement du budget provincial. Mais depuis des mois, toutefois, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, répète que son gouvernement ne palliera pas le vide laissé par le désengagement fédéral pour l'aide à la tournée.

Impacts à long terme

Pourtant, les changements de politique à Ottawa laissent prévoir des répercussions directes sur l'octroi des subventions par le CALQ. La diminution des tournées, conséquence inévitable du retrait fédéral, pourrait de fait avoir un effet ricochet sur les subventions au fonctionnement allouées aux compagnies québécoises. En effet, l'importance de la diffusion, soit le nombre de spectateurs joints par une compagnie, fait partie des critères importants considérés par Québec pour l'octroi de subventions pluriannuelles de fonctionnement par le CALQ.

À ce titre, plusieurs compagnies de danse s'inquiètent déjà du ressac qu'entraînera le ralentissement de leurs activités à l'étranger dans l'évaluation globale de leur dossier pour l'obtention de ces subventions de fonctionnement.

Danièle Desnoyers, dont la compagnie de danse Le Carré des Lombes a vu ses subventions fondre de 10 % l'an dernier, s'inquiète de cette nouvelle donne. «On nous a coupés parce qu'on ne diffusait pas assez. Mais comment peut-on faire pour augmenter notre diffusion, si on n'a plus les subventions fédérales pour aller rejoindre notre public à l'étranger. C'est paradoxal de nous retirer des subventions pour cette raison», déplore-t-elle.

Selon Stéphan Laroche, s'il est vrai que la diffusion est un des quatre critères considérés pour l'octroi de subventions de fonctionnement aux organismes artistiques, elle ne l'est pas davantage qu'avant. «Ce qu'on souhaite, c'est que les créations rejoignent le plus de gens possible, mais pas nécessairement à l'international. Nous tenons toujours compte du contexte général. Nous allons aussi considérer le fait que les programmes fédéraux ont été abolis. C'est quelque chose qui nous préoccupe beaucoup, et c'est clair que nous allons tenir compte du fait que l'aide fédérale n'est plus là dans l'évaluation globale des dossiers», a-t-il précisé.

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