Virage en vue au Musée Juste pour rire

La redéfinition de la mission du Musée Juste pour rire s’inscrit dans le cadre d’un projet de rénovation du bâtiment qui l’abrite, boulevard Saint-Laurent, à Montréal.
Photo: Pascal Ratthé La redéfinition de la mission du Musée Juste pour rire s’inscrit dans le cadre d’un projet de rénovation du bâtiment qui l’abrite, boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

Le groupe Juste pour rire planifie actuellement un changement de cap majeur pour son Musée de l'humour. L'institution du boulevard Saint-Laurent à Montréal se prépare en effet à être transformée dans les prochains mois en centre de création, de recherche, de diffusion et de formation spécialisé en humour, a appris Le Devoir.

Fortement inspirée d'un modèle d'incubateur artistique ayant cours aux États-Unis depuis des années, cette nouvelle orientation vise à donner un deuxième souffle à cet espace muséal, créé dans la controverse il y a 15 ans et qui, depuis, ne cesse de se chercher. La haute direction du groupe et du musée a d'ailleurs rencontré dans les derniers jours la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, et le maire de Montréal, Gérald Tremblay, afin d'explorer les pistes financières qui permettraient de concrétiser cette métamorphose.

Selon nos informations, le Musée Juste pour rire souhaite inscrire la redéfinition de sa mission dans le cadre d'un projet de rénovation du bâtiment qui accueille ses activités depuis 1993. La réfection de la façade tout comme la mise à niveau de certaines composantes internes de l'ancienne Brasserie Eckers, devenue musée, seraient au programme. Pour une facture de plus d'un million de dollars.

Dans la foulée, la multinationale du rire projette aussi de rénover les fondations théoriques de son Musée qui, à l'origine, se voulait un lieu «consacré à la reconnaissance du rire et de l'humour comme phénomènes culturels de civilisation». Sur ses tables à dessin, Juste pour rire envisage sérieusement de transformer son musée en haut lieu de la création et en carrefour artistique versé dans l'humour, un peu sur le modèle des Second City américaines.

Né à Chicago dans les années 50 pour conjurer le sort réservé aux artistes par le maccarthysme, ce concept se veut une sorte d'incubateur culturel qui réunit sous un même toit des espaces de recherche, de création, de diffusion, d'improvisation et même de formation en humour. Ces univers créatifs ont fait émerger dans les dernières années de grands noms de la comédie comme John Belushi, Tina Fey, Bill Murray, John Candy, Mike Myers. The Second City est également devenu au fil des ans un important pourvoyeur de gags qui trouvent souvent écho dans la célèbre émission Saturday Night Life.

Outre sa base chicagolaise, cet incubateur de l'humour dispose désormais de plusieurs succursales en Amérique du Nord, dont une à Toronto et à Edmonton. Une rencontre est d'ailleurs prévue cette semaine à Chicago entre les têtes dirigeantes de Second City et le nouveau directeur du Musée Juste pour rire, David Heurtel, afin de poser les bases d'un éventuel partenariat entre les deux entités.

Joint au téléphone par Le Devoir, M. Heurtel a confirmé la tenue d'une telle rencontre. Il reconnaît également que Juste pour rire travaille en ce moment «à écrire le prochain chapitre de l'histoire du Musée» en élargissant sa vocation. «Nous cherchons à voir, avec nos partenaires gouvernementaux, comment cette institution peut devenir un phare, un carrefour de création et de diffusion au coeur du Quartier des spectacles. Mais, pour le moment, nous en sommes encore au début de la réflexion».

Pour le nouvel homme fort du Musée qui a mis les deux mains sur le volant le 5 janvier dernier avec en poche un mandat de réforme, cet outil culturel devrait toutefois conserver sa vocation muséale, mais pourrait l'exprimer autrement que dans le cadre formel actuel, dit-il. Juste pour rire compte également, pour mener à bien cette transformation, sur le programme de rénovation des infrastructures culturelles annoncé en janvier dernier par le fédéral. Baptisé Espaces culturels Canada, ce programme dispose d'une enveloppe de 60 millions de dollars sur deux ans.

En 1999, l'institution muséale du boulevard Saint-Laurent avait déjà tenté, en vain, de se donner une nouvelle orientation après avoir été frappée par une énième crise existentielle. À l'époque, le ministère de la Culture avait décidé de réduire de 15 % environ sa contribution annuelle au musée. Cette sanction financière faisait suite à l'apparition d'une discothèque, le Studio, à l'intérieur du bâtiment.

Or, une entente unit cette composante de l'empire Juste pour rire avec le gouvernement du Québec qui, jusqu'en 2012, s'est engagé à rembourser l'hypothèque liée à l'édifice. Pour un montant de 5,5 millions de dollars. Ce soutien de l'État s'accompagne aussi de quelques obligations: le musée doit s'autofinancer et doit informer Québec de tout changement apporté à l'immeuble.

Inauguré en 1993, le Musée Juste pour rire n'a jamais vraiment connu le succès dont son fondateur, Gilbert Rozon, avait rêvé. L'institution, malgré les 13,5 millions de dollars fournis par les deux ordres de gouvernement et par la Ville de Montréal pour lui donner vie, a fermé en effet ses portes moins de deux ans après son ouverture, faute d'une assistance suffisante pour rester à flot.

Après une relance, quelques mois plus tard, le Musée, qui a présenté 26 expositions — expositions n'ayant souvent depuis quelques années aucun lien avec l'humour —, a toujours donné l'impression de vivoter. L'an dernier, près de 160 000 personnes s'y sont toutefois présentées, assurent les responsables des lieux. La division spectacle du musée, composée du Studio et du Cabaret du Musée Juste pour rire, est certainement l'espace le plus dynamique de l'endroit, même si, là aussi, les artistes qui s'y présentent à longueur d'année ne sont pas toujours liés au monde de l'humour.

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