Budgets culturels - Ottawa poursuit son opération charme

Le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, Christian Paradis, a «remis les pendules à l’heure» sur les compressions budgétaires dans le domaine culturel.
Photo: Jacques Nadeau Le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, Christian Paradis, a «remis les pendules à l’heure» sur les compressions budgétaires dans le domaine culturel.

Le ministre fédéral Christian Paradis se pointe à Montréal pour distribuer de maigres enveloppes de vieil argent à des organismes culturels. «Il y a eu beaucoup de désinformation au sujet de nos actions», dit-il. Dans la réalité, les organismes de diffusion de la danse qui le recevaient poliment continuent de crier famine et de craindre le pire pour l'avenir rapproché.

L'opération charme continue. Seulement, réussira-t-elle?

Hier matin, à Montréal, «au nom de James Moore, ministre du Patrimoine canadien», Christian Paradis, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, convoquait une conférence de presse pour annoncer la remise de subventions de 481 104 $ très exactement dans le cadre de différents programmes. Vérification faite, il n'y a dans ce lot aucun argent neuf, et surtout pas de recul par rapport aux compressions culturelles fédérales d'environ 45 millions de dollars décidées l'an dernier.

«Avec tout ce qui a été écrit et dit au cours des derniers mois, je sais que je vais en surprendre quelques-uns ce matin en disant que notre gouvernement valorise les arts et la culture, a affirmé d'entrée de jeu le ministre responsable du Québec dans le cabinet Harper pour justifier son intervention. Je dis ça car il y a eu beaucoup de désinformation au sujet de nos actions. Certains ont prétendu qu'on avait coupé les budgets en art et en culture et rien n'est plus faux.»

Il a ensuite «remis les pendules à l'heure» en citant des augmentations de 8 % des budgets culturels au cours des deux premières années de pouvoir conservateur et de 10 % au cours du présent exercice. En fait, le financement récent des Prix du Canada (25 millions) liés au festival Luminato de Toronto a choqué et les compressions dans plusieurs programmes artistiques de formation ou de diffusion, dont celui de l'aide aux tournées, ont carrément nui aux conservateurs pendant la dernière campagne électorale.

L'entreprise de relation publique conservatrice se déroulait dans les locaux du boulevard Saint-Laurent des Productions Loma inc. (la tournée Danse Danse), qui les partagent avec La Danse sur les routes. Les deux organismes de diffusion ont appris par le ministre que leurs subventions annuelles respectives étaient reconduites (75 000 $ dans un cas, 130 000 $ dans l'autre), comme au cours des dernières années. Là encore, rien de nouveau, si ce n'est que le chèque a pour ainsi dire été livré en limousine plutôt qu'en camion de la poste.

«Nous ne sommes pas déçus d'avoir reçu le ministre, a confié ensuite Pierre Des Marais, codirecteur de Loma/Danse Danse. Seulement, j'espère que M. Paradis va continuer à réfléchir pour conclure à la nécessité de relancer un programme d'aide aux tournées.»

Cette année, pour sa onzième saison, Danse Danse propose huit spectacles, dont In-I mettant en vedette la comédienne Juliette Binoche et le danseur-chorégraphe Akram Khan. Le duo présenté en janvier, à Montréal, a été créé en Angleterre et mis en circulation dans le monde par la France. Danse Danse a assumé une partie des frais de transport grâce à la dernière enveloppe du programme Prom-art, euthanasié par les conservateurs. Bon an, mal an, à peine le tiers du budget des Productions Loma provient des subventions.

Clothilde Cardinal, codirectrice de l'organisme de diffusion, rappelle que le Canada occupe la place du cancre de la classe des pays les plus riches de la planète. «Le Canada est maintenant le seul pays du G8 à ne pas aider ses artistes en tournée à l'étranger, dit-elle. Il faut se questionner sur les valeurs de ce gouvernement qui, en même temps, maintient sa présence militaire en Afghanistan et rejette l'accord de Kyoto.»

Les deux codirecteurs s'entendent aussi sur les effets catastrophiques prévisibles des compressions. «Le marché national canadien ne permet pas de soutenir la production et la diffusion des compagnies comme La La La Human Steps ou Marie Chouinard, dit M. Des Marais. Si elles ne peuvent pas tourner à l'étranger, ces compagnies vont vite être remplacées par d'autres venues de pays concurrents.»

Il rappelle aussi qu'un danseur gagne en moyenne 15 000 $ par année au Québec. On répète: 15 000 $. «Jusqu'où peut-on leur demander des sacrifices? 12 000 $? 9000 $?», demande le codirecteur, sans ironie.

L'autre organisme de diffusion présent dans les locaux des Productions Loma fait tourner ces lumpenprolétaires du chausson au Québec en organisant entre 60 et 80 représentations professionnelles par année. La Danse sur les routes reçoit 130 000 $ du fédéral et 160 000 $ de Québec. «Nous avons besoin de 200 000 $ sur trois ans pour répondre aux besoins et couvrir tout le Québec», dit la directrice générale Paule Beaudry, qui se disait tout de même heureuse d'avoir appris hier matin de la bouche du ministre Paradis que sa subvention fédérale était reconduite pour une nouvelle année.

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