Une nuit à voir debout

Un extrait de la série L’Apprentie, de Manon de Pauw
Photo: Un extrait de la série L’Apprentie, de Manon de Pauw

Cette nuit, bien des volets s'ouvrent sur les arts visuels montréalais. Jusqu'à cinq heures du mat, dans bien des cas. Tout n'est pas à voir, bien sûr, le volet nocturne du festival Montréal en lumière étant plus inclusif que sélectif.

Il y en a pour tous les goûts, de la simple expo à visiter à l'événement extravagant et éphémère. Car quand il s'agit d'attirer le plus grand nombre, tout semble permis, de la dégustation de chocolat au verre de glögg, boisson suédoise. Tant qu'à voir, aussi bien se montrer... En dehors de ces considérations m'as-tu-vu, voici un survol des arrêts à faire.

Un continent, d'abord

Point de départ, rue Jeanne-Mance, près de l'avenue des Pins, le centre MAI reste ouvert, sous des airs de tango. L'expo de José Luis Torres, Continente, tire à sa fin. C'est la plus belle raison pour se rendre là. L'artiste montréalais d'origine argentine (d'où le tango, on suppose) explore les thèmes de l'errance et du déracinement. Il le fait sobrement (malgré l'étendue de ses structures en bois) et sur une note impersonnelle, comptant sur la participation du public. Continente, avec ses sentiers imaginaires et sa terre en bottes, parle du territoire et du chez-soi comme quelque chose de fragile et d'inconfortable.

Le centre-m'as-tu-ville

Coeur de l'action nocturne, le centre-ville est incontournable, avec un Musée d'art contemporain toujours aussi couche-tard pour l'occasion (des graffitis lumineux animeront les environs) et un Belgo plus que jamais au rendez-vous (11 «activités» recensées). Parmi ce brouhaha à ne pas fermer l'oeil de la nuit, soulignons l'inauguration récente à la galerie SBC de l'expo, La Construction de la peur — titre au demeurant très approprié. Ce projet, qui rassemble coupures de presse, affiches, photos, vidéos, est une autre des explorations très critiques du monde des médias signée par l'artiste espagnol Muntadas.

Toujours au Belgo, la jeune galerie Les Territoires propose une nuit débridée et décadente liée au festival Art Matters de l'Université Concordia. Une fête multidisciplinaire regardant de haut l'hyperconsommation.

Une première sous terre

De là, il faut plonger dans l'Art souterrain, une première aventure reliant, sur près de trois kilomètres, une partie du sous-sol montréalais. Il faudra se lever tôt, remarquez, si on tient à faire l'intégralité du circuit — 78 points de chute entre le Complexe Les Ailes et le Palais des congrès. La sélection, fort diversifiée, est très multimédia. Notons la proposition fort pertinente dans un contexte de repères visuels, L'Entrée en jeu de Marie-Andrée Cormier, une installation d'images à nous faire perdre le nord. Le son semble également de la partie, avec la deuxième symphonie pour «imprimantes matricielles» du collectif The User ou la présence de Perte de signal, groupe en arts médiatiques très porté sur les oeuvres audio.

Au Centre Eaton, Jean-François Prost proposera des micro-actions relevant l'inattendu et l'imprévu d'une ville «hypercontrôlée». Le lustre en verre brisé d'Éric Sauvé donnera certainement un autre éclairage à cet environnement commercial, alors que Jonathan Villeneuve éblouira avec son choeur d'ampoules, Place Ville-Marie. Les pièges publicitaires de Doyon-Rivest, quant à eux, entraveront les passants, Place Bonaventure.

Deuxième sous terre

Le métro aussi s'est invité à la Nuit blanche, et pas seulement par le maintien du service (payant). La société de transport invite à un rallye visant à repérer des oeuvres de sa collection. L'enjeu: un mois gratuit et une reconnaissance de ce musée hors normes.

Via le métro, vous pourriez aboutir au Centre canadien d'architecture, d'où décolle une série de navettes pour un tour guidé des bâtiments contemporains de Montréal. Oups! Le volet Architectures en lumière ferme tôt (20h!). Dommage. Mieux vaut aller vers l'est où, encore une fois, l'UQAM se place comme un des établissements les plus somnambules. La galerie universitaire inaugure l'expo Manon de Pauw, avec une performance son et lumière cohérente avec la démarche de cette artiste se nourrissant de danse.

Le Centre de design et le CDEx y vont aussi de propositions lumineuses, par des interventions extérieures exploitant leurs façades vitrées. Plus d'une activité animera ce campus, y compris une à vocation sociale imaginée par des étudiants en design d'événements: les chapeaux-oreillers de Dormir debout gardent au chaud et sont destinés aux sans-abri.

Photos sur le boulevard

Le boulevard Saint-Laurent est une autre nouveauté pour 2009. Mouvement art public, connu même au Mexique par l'occupation de panneaux urbains, y va d'un autre parcours photo, à découvrir dans les vitrines des commerces, entre la rue Sherbrooke et l'avenue du Mont-Royal. En chemin, on s'arrête au bain Schubert, où une nouvelle venue (de France), Peggy Faye, dévoile des paysages urbains à travers des jeux de reflets photographiques.

Marcher et encore marcher vers le nord, et un peu vers l'ouest, vous fera aboutir à Occurrence, le centre très photo installé depuis peu sur une autre artère centrale (l'avenue du Parc). On vient d'y inaugurer l'expo Les Lieux-valises d'Ève Cadieux, un projet inspiré par les collections excessives. S'il n'est pas minuit moins une, littéralement, l'artiste sera là pour échanger paroles et objets. Un troc et vous en serez quitte pour poursuivre votre route, une image de Cadieux sous le bras.

Bonne Nuit blanche.

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo