Une relâche très spatiale

La navette Endeavour a décollé de Cap Canaveral, en route vers la Station spatiale internationale. Elle a quitté le pas de tir peu avant 8h locales, avec à son bord une équipe de 12 astronautes de 8 à 15 ans. «Nous reviendrons dans trois jours, papa et maman», a dit le jeune commandant, s'adressant par radio au centre de contrôle de la mission.

Et si vous vous lanciez dans le cosmos pour la relâche scolaire? C'est ce que propose le Cosmodôme de Laval avec son camp de trois jours offert du 4 au 6 mars prochain. Les jeunes passent leurs nuits dans des dortoirs rappelant ceux d'une navette spatiale et ils sont encadrés par des animateurs scientifiques passionnés, comme nous avons pu le constater lors de notre incursion de l'autre côté des ponts.

Pendant le camp de trois jours, les jeunes prennent part à une mission spatiale fictive qui se déroule dans une réplique de la navette Endeavour. C'est l'engin même dans lequel l'astronaute canadienne Julie Payette s'envolera en mai prochain pour 16 jours, où elle contrôlera le bras canadien.

Lors de notre visite, environ 150 jeunes du primaire avaient envahi la salle d'entraînement. «Recule!», lance l'animateur Olivier à une jeune fille tentant de maîtriser le simulateur de manoeuvre manuelle. Se mouvant sur un coussin d'air, celui-ci permet d'appendre — et de vivre ! — comment les astronautes se déplacent dans l'espace. Non loin, un jeune garçon ne pèse tout à coup... plus rien. Suspendu en position assise à quelques mètres au-dessus du sol, il expérimente le degré zéro de gravité grâce à un système qui contrebalance son poids. Pas facile d'atteindre les cibles sur le mur qui ressemble à une paroi d'escalade. Sans compter que les plus courageux font l'expérience du multiaxe, un appareil où l'on tourne simultanément sur trois axes en position debout, de quoi perdre le nord.

Ces activités non seulement exercent leur dextérité mais leur font aussi découvrir les multiples difficultés à effectuer des tâches dans l'espace, sans stabilité ou en apesanteur. Ils doivent entre autres concevoir et construire une capsule «spatiale» protégeant son occupant, un oeuf en l'occurrence, d'une chute de trois étages. De quoi éveiller l'astronaute ou l'ingénieur qui dort en eux, alors qu'a lieu cette année même une campagne de recrutement des nouveaux astronautes de l'Agence spatiale canadienne. Le rêve demeure (un peu) réalisable.

Un tour de musée

Pas le temps ou le budget pour le camp spatial? On peut profiter de la relâche scolaire pour visiter le Centre des sciences de l'espace. Le sourire de Jeanne D'Arc vous accueillera peut-être, elle qui travaille à l'institution spatiale lavalloise depuis dix ans. «Beaucoup de Lavallois et de Montréalais viennent pour la première fois, alors que c'est ouvert depuis 1994», s'étonne-t-elle.

Il est d'autant plus pressant d'aller zieuter l'exposition permanente qu'elle sera entièrement renouvelée d'ici peu. En effet, le Cosmodôme vient tout juste de confirmer l'octroi des fonds qu'il attend depuis plusieurs années pour mettre à jour le musée. Le Devoir a pu observer les maquettes de la nouvelle galerie. Les concepteurs la bâtiront comme si on pénétrait dans une station telle la Station spatiale internationale, sas et chambres se succédant. Les éléments intemporels, comme l'histoire de la conquête de l'espace, ne changent pas, concède la responsable des communications Julie Pominville. Par contre, depuis 1994, des pas de géant ont été faits dans certains domaines de la conquête spatiale. «Par exemple, notre volet télécommunication commence à être désuet. Le renouvellement va faire revenir la clientèle qui a déjà vu l'exposition et va maintenir l'intérêt», explique-t-elle.

En attendant cette nouvelle ère, vous pouvez encore explorer la maquette à l'échelle du système solaire et profiter de la visite guidée à travers les 60 stations interactives.

Est-ce que quelques jours au camp spatial peuvent augmenter l'attrait de votre rejeton pour les sciences et même sa motivation scolaire? Bien que des enseignants observent des changements chez des élèves après leur séjour, la chercheure californienne Deborah Anne Fields souligne que très peu de scientifiques se sont penchés sur l'effet de ces camps sur les enfants.

Une marque positive

Dans une étude publiée dans l'International Journal of Science Education le 15 janvier dernier, l'étudiante au doctorat à l'Université de Californie à Los Angeles conclut que la cohésion du groupe laisse une marque positive. Baigner dans cette atmosphère avec des camarades qui partagent sa curiosité et ses intérêts connote positivement l'expérience scientifique.

Pour mener sa recherche, Mme Fields s'est immergée pendant huit semaines au sein de camps astronomiques de l'observatoire du mont Lemmon, en Arizona, avec 33 jeunes de 14 à 18 ans. Elle les a interviewés au terme de leur séjour, ainsi que les animateurs et les scientifiques qui les accompagnaient.

«Tu apprends des opinions des autres, comme toute cette histoire à propos du big bang... Longtemps, je pensais que c'était arrivé d'une manière, parce que je trouvais ça cool, mais finalement, j'ai compris que ce n'était pas vraiment exact», lui confie une jeune fille. C'est justement l'interaction entre les jeunes et leurs discussions au fil des liens qui se tissent qui semblent favoriser l'apprentissage.

La chercheure constate aussi que le fait de côtoyer de jeunes scientifiques, les animateurs étant souvent des étudiants universitaires en science, revêt une grande importance, tout comme l'autonomie et la possibilité de mener de petites expériences. «Il faudra faire des recherches supplémentaires pour déterminer si la construction identitaire qui a lieu dans les camps scientifiques influence le jeune au-delà de son séjour, et même encourage la poursuite d'une carrière en sciences», écrit-elle.

Vos enfants atterriront bel et bien les deux pieds sur Terre, mais la tête peut-être encore un peu dans les étoiles.

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Collaboratrice du Devoir

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