Les fantômes du Spectrum

Le Spectrum, quelque temps avant sa disparition
Photo: Pascal Ratthé Le Spectrum, quelque temps avant sa disparition

La démolition du Spectrum a aussi créé un immense trou dans la mémoire du Quartier des spectacles, en voie de réalisation à Montréal. Après tout, à quoi bon planifier le développement du secteur en s'appuyant sur les arts de la scène si c'est pour se débarrasser vite fait, mal fait d'une des salles du centre-ville les plus surchargées de souvenirs?

«L'industrie du spectacle a créé un patrimoine mais ne sait pas comment le conserver», dit Dinu Bumbaru, directeur des programmes du groupe Héritage Montréal, interviewé hier. L'organisme bataille ferme depuis trois décennies pour préserver le patrimoine montréalais. «Cette industrie fabrique des igloos qui fondent sans laisser de trace, dans l'indifférence. Les gens qui ont fait vivre le Spectrum, comme l'Équipe Spectra, l'entreprise derrière le Festival de jazz, ne s'intéressent qu'à leur prochain projet. L'important, pour eux, c'est de transporter les fantômes, comme on l'a fait du vieux Forum au Centre Bell. Pourtant, le mythe du Spectrum était très puissant et aurait dû inspirer le respect.»

Le Devoir révélait hier les retards dans la mise en chantier du projet de substitution sur le site du Spectrum, à l'angle des rues De Bleury et Sainte-Catherine. La salle a accueilli des milliers de spectacles pendant des décennies. Mal entretenue, elle a été vendue et démolie pour faire place à un complexe commercial que la crise économique rend de plus en plus illusoire. Le promoteur SIDEV a deux ans pour bâtir sur cet emplacement, sinon il devra verser une amende de 1,25 million à la Ville.

Le nouveau terrain vague du centre-ville, un peu lépreux, va défigurer la place des Festival et la Maison du jazz, en construction depuis un an. Les deux équipements ont coûté environ 50 millions au total et seront inaugurés le 1er juillet prochain.

«Le terrain va-t-il rester comme un lieu en jachère, avec des clôtures en métal, pendant encore dix ou vingt ans? demande finalement M. Bumbaru. On pourrait plutôt envisager un jardin des arts ou des actions d'occupation temporaire. Seulement, le Spectrum a disparu et c'est une autre perte nette dans une ville qui accepte trop facilement les démolitions.»

À voir en vidéo