Festival mondial du cirque de demain - La crème des saltimbanques défile à La Tohu

C'est un peu comme si on avait chipé à Venise sa Biennale ou à Cannes son festival de films. L'édition spéciale du Festival mondial du cirque de demain (FMCD), arrachée à Paris pour les 10 ans du festival Montréal en lumière, fera défiler à La Tohu dès mardi la crème des saltimbanques du nouveau cirque contemporain.

Souvent comparé aux Olympiques du monde circassien, le FMCD n'est pourtant pas là pour encenser les artistes arrivés, insiste son directeur artistique et grand manitou, Pascal Jacob.

Dépister les surdoués

Comme son nom l'indique, ce rendez-vous planétaire des saltimbanques cherche plutôt à dépister les surdoués de moins de 25 ans qui façonneront le visage du cirque de demain. «Notre mission, c'est de faire émerger de nouveaux talents en permettant à des jeunes artistes de toutes les disciplines de se développer professionnellement. On essaie de montrer des artistes qui n'ont pour la plupart pas été vus par le public», explique M. Jacob, qui a signé la mise en scène de cette première mouture montréalaise.

Pour l'occasion, un bouquet choisi de numéros a été concocté, rassemblant 11 médaillés des dernières années, précédé d'un tableau d'ouverture campé par 14 étudiants de l'École nationale de cirque (ENC). Le grand cru, quoi, des récentes éditions de la grande vitrine parisienne.

Parmi ces millésimés, un numéro de trapèze ballant chorégraphié par Shana Carroll, de la troupe des 7 doigts de la main, qui a remporté l'or en janvier dernier lors de la 30e édition du FMCD. Un tandem québécois de main à main, médaillé de bronze à la même édition, s'ajoutera à des numéros d'équilibre russe et ukrainien, de diabolos chinois et suisse, de contorsion avec tissu et de roue Cyr. Un appareil, faut-il le rappeler, développé par le Madelinot Daniel Cyr, du Cirque Éloize, qui viendra lui aussi faire son tour de piste.

Le «dandyesque» Calixte de Nigremont (ça ne s'invente pas), éternel maestro et monsieur Loyauté du festival, dirigera de main de maître ce grand rassemblement circassien. Avec Alain Pacherie, président du festival, ce mordu de la piste visionne plus de 1000 numéros par année, de visu, sur DVD ou sur Internet. Lui-même «dépisteur» de talents, Jacob estime qu'en plus de mettre au jour la fine fleur du cirque contemporain, le festival sert de véritable catapulte professionnelle à toute une génération.

La «virtuosité effacée»

«Souvent, plusieurs agents se lèvent d'un coup tout de suite après un numéro pour aller faire signer un contrat. On voit passer de 300 à 400 directeurs de casting, d'agences et de recruteurs chaque année au festival», souligne Jacob, qui le matin même répondait au coup de fil d'un agent danois, intéressé par quatre artistes vus à Paris en janvier.

Loin des tchick-boum-pow et des maillots kitsch, l'esthétique du cirque contemporain est en constante mutation, ajoute l'historien du cirque et fin observateur de la piste depuis 30 ans. Les arts circassiens adhèrent aux esthétiques les plus variées. «On n'est plus dans le rapport paillettes et tambour. On est dans la virtuosité effacée. Même si la technique est déterminante, c'est la synthèse avec l'esthétisme qui crée la poésie ou l'émotion. On essaie d'autoriser des ouvertures radicales», affirme Jacob, qui souligne le rôle majeur joué dans ce renouveau par le Cirque du Soleil, Éloize et les 7 doigts de la main.

À preuve, un jeune jongleur issu de l'École nationale de cirque, maniant tout en lenteur canne et massue, a décroché cette année l'argent et le prix du public à Paris. Longtemps enraciné dans des pays aux traditions de cirque séculaires, le cirque contemporain orbite désormais dans l'axe France-Belgique-Québec, affirme le circologue réputé.

Ce n'est donc qu'un juste et logique retour des choses si le festival parigot, fondé en 1977, émigre à La Tohu le temps d'une pirouette. Car il doit une partie de sa survie à la bouée financière tendue jadis par le Cirque du Soleil et se nourrit à plein de la fabuleuse cohorte d'artistes formés dans ce coin de l'Amérique où l'on fait la part belle au cirque. En 20 ans, 40 étudiants de l'ENC ont déjà foulé la piste du FMCD et remporté une trentaine de médailles et de prix.

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Festival mondial du cirque de demain

Du 17 au 28 février à La Tohu, 2345, rue Jarry Est