Budget fédéral - Déceptions dans le milieu culturel

Les commentaires négatifs contre le volet culturel du budget Flaherty se sont accumulés hier. Si le milieu salue les sommes d'argent annoncées, on dénonce de partout l'absence de mesures pour combler les compressions de 45 millions imposées cet été.

En déplacement vers la Grande-Bretagne, la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a laissé savoir sa «déception» devant le mutisme du gouvernement quant au soutien pour le rayonnement des artistes et de leurs oeuvres à l'étranger. Les coupes de l'été ont surtout affecté ce secteur.

Selon l'attachée de presse de Mme St-Pierre, il y a des «éléments positifs» au budget, mais cela n'empêche pas la ministre d'être surprise de ne voir aucune mesure compensatoire faire partie du budget. «Nous allons continuer nos représentations auprès de James Moore [ministre du Patrimoine canadien]», dit Valérie Rodrigue.

Porte-parole de l'opposition officielle à Ottawa en matière de Patrimoine canadien, le député libéral Pablo Rodriguez estime de son côté que le gouvernement «a raté une occasion de démontrer qu'il accorde de l'importance à la culture». «Il n'y a [dans le budget] que quelques miettes pour sauver la face.»

Sur la question des programmes non remplacés, M. Rodriguez parle d'une «très grande déception, il n'y a rien du tout. Ils n'ont visiblement pas compris l'importance de la promotion des arts à l'étranger».

Cela n'empêchera toutefois pas les libéraux d'appuyer le budget. «On le fait de façon responsable», justifie Pablo Rodriguez, dont le parti a été très actif dans le mouvement de contestation contre les coupes, l'automne dernier. «On a décidé de laisser passer le budget pour que de l'argent soit injecté tout de suite. Mais on va tenir le gouvernement serré dans ce dossier.»

Au Conseil des arts du Canada (CAC), le vice-président Simon Brault (reconfirmé hier dans ses fonctions pour un mandat de cinq ans) fait aussi part d'une «déception» devant un budget qui laisse le CAC avec un budget d'environ 181 millions.

«Ce qu'on entend de nos clients, c'est qu'il y a un réel besoin de soutien à la diffusion et à la circulation des artistes à l'étranger. Beaucoup souhaitaient que le CAC gère ces programmes. Alors les gens sont amèrement déçus qu'il n'y ait pas de nouvel argent en ce sens.»

Selon lui, les représentations auprès du ministre vont continuer dans les prochaines semaines. M. Brault reconnaît toutefois que cette stratégie a ses limites: le milieu culturel québécois a eu l'occasion de parler au ministre Moore il y a deux semaines, et ça n'a concrètement rien donné, relève-t-on. «On perçoit ça comme une défaite, dit M. Brault. Les sommes qui étaient demandées ne sont pas mirobolantes.»

Des prix pour quoi?

Mardi, le ministre Moore ciblait la création des Prix du Canada (25 millions pour récompenser des artistes du monde entier) comme une façon de promouvoir le travail des artistes canadiens à l'étranger. M. Brault estime pour sa part que cela «jouera un rôle positif sur le plan de l'image... Mais on ne répond pas aux mêmes besoins».

Même message dans ses grandes lignes à la Conférence canadienne des arts. «C'est un budget de statu quo, indique le directeur, Alain Pineau. On peut se réjouir des annonces faites, mais il y a très peu d'argent neuf, en définitive [...] Compte tenu des représentations multiples que le milieu a faites, c'est décevant que le gouvernement n'ait pas vu l'intérêt d'investir dans le soutien à la tournée.»

Déception, également, à la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), qui avait quantifié cet automne les impacts des coupes de 45 millions. «Le nouveau plan budgétaire ne prend absolument pas en considération les revendications, pourtant simples et peu coûteuses, des organismes de tournée», note-t-on en rappelant que chaque dollar investi dans le programme PromArt rapportait 5,50 $ en revenus.

Comme le Conseil des arts, la CINARS s'interroge sur l'utilité d'investir 25 millions dans les Prix du Canada.

Positif

D'autres sont par contre satisfaits du budget Flaherty. Le Regroupement des producteurs multimédias (RPM), qui profitera de la reconduction du Fonds des nouveaux médias (14,3 millions), en parle comme d'une «victoire pour l'industrie des contenus interactifs», selon Marc Beaudet, président du RPM.

Au Groupe Juste pour rire, on applaudit le soutien du gouvernement aux «grands événements culturels, qui constituent un secteur d'activité économique à part entière, générateur de retombées significatives». Le budget prévoit 100 millions pour les festivals.

L'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ) a salué la reconduction du Fonds canadien de télévision, alors que le Théâtre La Licorne s'est dit heureux de voir que le programme Espaces culturels sera reconduit. Cela lui permettra d'entamer ses travaux d'agrandissement.

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