L'hiver au corps

Les photos ont été prises à Igloofest la semaine dernière. Photo: Miguel Legault
Photo: Les photos ont été prises à Igloofest la semaine dernière. Photo: Miguel Legault

Vendredi et samedi soir derniers, le mercure à Montréal, comme partout au Québec, frisait les 30 degrés sous zéro. Environ 2000 braves se sont tout de même présentés chaque soir au quai Jacques-Cartier du Vieux-Port de Montréal pour danser en habit de neige dans le cadre de l'Igloofest. Le tableau était assez impressionnant: danseurs complètement délirants, contraste des corps chauds et de l'air glacial, musique suave dans la glace, chaque rythmique servant le besoin de réchauffer les orteils.

Pour en remettre, les organisateurs de cet événement familial de trois fins de semaine attendent environ 5000 personnes ce soir seulement (fort probablement plus, en fait) grâce à la présence du duo allemand Modeselektor. Ce qui devrait en faire la plus grande soirée dansante extérieure qu'à jamais connue la métropole en hiver. Le Devoir a discuté avec l'un des membres de ce groupe expert de la fête et dont la prestation au Métropolis, en mai dernier, s'était constituée comme le point marquant du festival Mutek.

«Je crois que vous êtes habitués au froid: vous saurez donc quoi faire quand mes doigts deviendront bleus et noirs!, raconte sur un ton amusé Gernot Bronsert, joint plus tôt cette semaine à Berlin. J'espère que vous allez couper mes doigts avant que tout mon bras y passe! [rire] Est-ce possible d'avoir un canon à neige? Il faut absolument que j'envoie un courriel pour demander ça.»

C'est la première expérience extérieure hivernale pour Bronsert, mais cela ne l'empêche pas de s'amuser avec le concept. L'idée farfelue du canon à neige a pourtant déjà été tentée, sans succès, l'année dernière, celui-ci s'étant révélé amusant au premier abord mais aussi très rapidement dérangeant.

Modeselektor n'est pas à l'affût des dernières tendances. Le groupe a plutôt habitué son public à un mélange unique d'éléments de musique électronique des 15 dernières années. Plus que tout, ses prestations scéniques ont pourtant permis de façonner la majeure partie de son enviable réputation à Montréal.

Énergiques et ludiques à la fois, les deux membres du groupe, souvent même pédants, ce qui accompagne trop fréquemment les artistes du genre. La photo de leur dernier album, sur laquelle on voit leur visage accolé au corps d'une femme et de son bébé, en est la démonstration la plus sûre.

«Je travaillais au [célèbre] magasin de disques Hardwax de Berlin dans les années 90. J'y ai découvert que les DJ se prennent vraiment trop au sérieux, pensant qu'ils sont des musiciens intellectuels alors qu'ils ne font que placer une ligne de basse sur un rythme de batterie. À un moment donné, je me suis dit qu'il fallait enlever le sérieux de tout ça et commencer à laisser la place à l'amusement. Parfois, ce n'est pas facile d'être intelligent d'une manière drôle et amusante. Il y a beaucoup de gens qui tentent leur chance sans que cela ne fonctionne. Nous ne faisons pas pour autant de la musique de cirque ni des airs pour des émissions de télé pour enfants. Nous avons deux visages: parfois, nous exprimons beaucoup de colère dans notre musique, mais celle-ci se retrouve transformée en humour ou en d'autres émotions du genre.»

Bronsert en prend pour exemple le désormais célèbre singe qui domine l'imagerie associée aux différentes parutions du groupe. Bien que cet animal soit ludique, l'image utilisée par Modeselektor présente un singe à l'air sérieux.

«Je n'aime pas les modes et les tendances. Je n'ai pas besoin de porter des jeans serrés [à la mode chez les jeunes] pour avoir l'impression de faire partie d'une communauté. C'est le type de valeurs qu'on veut présenter à nos fans, jeunes et moins jeunes.»

Chacun des membres de Modeselektor vient d'ailleurs de connaître la joie de la paternité et cela ne serait pas étranger à cette prise de conscience. Ça ne semble pas leur avoir enlevé le goût de la fête pour autant.

«J'ai vraiment hâte à l'Igloofest. Il y a un bon moment déjà qu'on nous a offert d'y jouer et ça fait six mois que je rêve de participer à cette fête hivernale. Je viens d'ailleurs d'aller dans un magasin pour m'acheter une tuque. C'est la première fois de ma vie que j'achète une tuque: la dernière fois, c'était ma mère qui me l'avait achetée [rire].»

Résultat d'une association entre les Piknics Électroniks et le Vieux-Port de Montréal, l'Igloofest est présenté ce soir et demain ainsi que vendredi et samedi prochains sur le quai Jacques-Cartier, dès 18h. La prestation live de Modeselektor sera précédée ce soir par celle des DJ montréalais FunkyFalz et Skratch Bastid, ainsi que par l'Allemand Housemeister. Comme le veut la tradition, un concours pour l'habit de neige le plus original est encore une fois organisé cette année.

- Renseignements: www.igloofest.ca.

Collaborateur du Devoirr

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