Entretien avec Martin Léon - Partager plutôt que briller

Martin Léon dit avoir laissé tomber toute velléité de glamour, de gloire et de ce qu’il appelle «la course aux envieux, au superficiel». Photo: Sylvain Dumas
Photo: Martin Léon dit avoir laissé tomber toute velléité de glamour, de gloire et de ce qu’il appelle «la course aux envieux, au superficiel». Photo: Sylvain Dumas

C'est Martin Léon qui a posé la première question au bout du fil: «On peut se rappeler dans 30 minutes, mettons?» Mettons que oui: on était mardi 20 janvier, midi tapant, et Barack Obama allait prêter serment. Quand l'Histoire passe, on y goûte.

Trente minutes et un discours plus tard, Martin Léon déborde d'enthousiasme. «Ça me donne l'impression qu'on a une opportunité incroyable... On semble plus unis que jamais, je me croise les doigts pour que ça porte fruit. Quel changement, quand même, après les huit années qu'on vient de connaître.»

Et quel changement également pour Martin Léon, en quelques années. Celui qui montera sur les planches du National demain et samedi dit avoir laissé tomber toute velléité de glamour, de gloire et de ce qu'il appelle «la course aux envieux, au superficiel». Un truc qui l'attirait peut-être à 25 ans, mais plus maintenant. Ce qui fait qu'on le retrouve aujourd'hui habillé d'humilité et tout curieux de ce qui l'entoure.

«Rendu à 40 ans, tu sais... J'ai voyagé, j'ai lu un paquet de livres. J'ai réfléchi. J'ai fait un gros travail intérieur dans les dernières années pour me débarrasser de certains tourments. Je me suis dit que j'avais peut-être le pouvoir de m'améliorer et d'aider les autres. En fait, tout le monde a ce pouvoir-là.»

Cela s'est matérialisé dans la pratique de son métier d'auteur-compositeur-interprète et de créateur de bandes sonores (il a suivi une formation avec Ennio Morricone). Résultat? «Aujourd'hui, j'ai vraiment le goût de partager, de donner. C'est dorénavant avec ça que je monte sur scène, et non plus avec le goût de briller. La différence est là. Je fais mon métier en me demandant ce que je veux faire dans la vie, dans ma communauté. Je le fais avec une perspective altruiste, même si c'est un métier très "égocentrisant"... »

Cette réflexion générale s'entend d'ailleurs sur son deuxième album, Le Facteur vent, sorti à l'automne 2007 (il en a vendu 15 000 exemplaires, selon sa maison de disque). Le chroniqueur de l'anecdote légère qu'on avait découvert sur Kiki BBQ (2002, 15 000 exemplaires également) est devenu plus grave et moins superficiel, sans pour autant perdre son sens de l'observation savoureuse ou bouleverser son environnement sonore (ambiances acoustiques épurées et très peaufinées, cadre intimiste, grooves délicats et efficaces).

Le Facteur vent est ainsi un album «très introspectif et personnel», selon son auteur. Tellement qu'il a refusé d'en faire le coeur d'une tournée. Trop lourd pour lui. «Ça ne donne accès qu'à une partie de Martin Léon. On est pas toujours introspectif, dans la vie. Il y a des fois où on fait juste prendre une bière et danser, d'autres fois où on parle plus sérieusement. C'est comme ça.»

La tournée entamée avant Noël s'articule donc autour des deux albums, avec quelques incursions ailleurs (Léon pourrait notamment chanter Art poétique, qu'il interprète sur l'album hommage à Gaston Miron, numéro un des ventes au Québec). Léon dit avoir retravaillé au corps chaque chanson. Nouveaux rythmes, nouveaux habillages. Une façon de repartager ce qui a déjà été donné.

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- Martin Léon sera au National demain et samedi, puis en tournée.

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