Fonds des nouveaux médias: on cherche l'argent promis...

Le flou demeure autour du Fonds des nouveaux médias (FNM): si le gouvernement fédéral affiche son intention de reconduire le fonds après le 31 mars 2009, aucun des intervenants impliqués dans le programme ne semble au courant de cette décision. Résultat, l'incertitude règne, et des projets prennent la poussière.

C'est ce que Le Devoir a appris de plusieurs sources ces derniers jours. Pourtant, Patrimoine canadien affirme que le Fonds a été renouvelé «sur une base continue au-delà du 31 mars 2009, à raison de 14,5 millions de dollars par année». Selon le ministère, la décision de reconduire le programme a «été prise au début septembre». Mais quatre mois plus tard, la décision demeure un quasi-secret.

Lors de la dernière campagne électorale, de nombreux articles avaient évoqué la suppression de ce programme — qui s'inscrivait dans la foulée des compressions imposées au secteur culturel par le gouvernement Harper, l'été dernier. À Téléfilm Canada, le gestionnaire du fonds, on mentionnait alors que le FNM ne recevait «plus aucune demande d'aide de la part des producteurs».

Le Regroupement des producteurs multimédias avait dénoncé la situation, et la Conférence canadienne des arts (CCA) avait ajouté les 14,5 millions du FNM à une liste de 45 millions supprimés ailleurs dans le secteur culturel. À ce jour, la CCA considère d'ailleurs toujours que le FNM ne sera pas renouvelé, faute d'élément confirmant le contraire.

C'est dans ce contexte que le gouvernement avait surpris le milieu culturel en annonçant, le jour du débat des chefs, que le programme avait été reconduit en catimini.

Surprise

Cette annonce demeure toutefois théorique aujourd'hui pour ceux qui gravitent autour de ce programme. En effet, personne n'en a entendu parler. Lorsqu'iIs sont interrogés à ce sujet, les intervenants se montrent surpris et sceptiques.

Chez Téléfilm Canada — où l'on renvoie les questions officielles vers Patrimoine canadien —, on se dit étonné de la situation. Si l'attachée de presse du ministre James Moore affirme que «Téléfilm Canada est au courant» et qu'une «réunion a eu lieu en novembre», des sources à l'intérieur de Téléfilm indiquent que l'information ne s'est rendue nulle part.

Cet été, des employés responsables du programme avaient reçu un avis stipulant que leurs services à ce poste précis ne seraient plus retenus après le 31 mars 2009. Ces employés n'ont toujours pas obtenu d'éclaircissement concernant l'avenir du Fonds et de leur poste. De plus, Téléfilm Canada n'accepte aucun projet pour le 1er avril.

«C'est l'incertitude totale, confie un proche du dossier. À Téléfilm, on ne sait pas du tout ce qui se passe [avec le FNM]. Le personnel responsable est en suspens.»

Au Regroupement des producteurs multimédias — aux membres duquel s'adresse le FNM —, on s'étonne d'apprendre que le programme serait reconduit. Il y a quelques jours encore, le RPM envoyait une lettre au ministre Moore pour lui faire part de son «découragement» devant la situation et pour l'exhorter à «prendre une décision rapidement».

«À notre connaissance, on est toujours dans le même bain», indiquait hier Gilbert Ouellette, gestionnaire au regroupement. Selon lui, cela fait en sorte que «tout le monde a les pieds sur les breaks».

«Téléfilm Canada nous demande de finaliser les dossiers avant le 31 mars... Il aurait dû y avoir de nouveaux projets déposés depuis le mois de septembre. Alors, présentement, on ne pense plus à ce Fonds pour développer nos projets.»

Invité à préciser pourquoi l'information demeure si confidentielle à ce jour, Patrimoine canadien répond que «le ministre [Moore] fournira plus de détails au moment opportun».

Le FNM sert à financer des projets de contenu «numérique interactif culturel» offerts sur des plateformes variées, allant du cédérom au site Web, du support DVD à la technologie sans fil.

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