Harold Pinter, 1930-2008 - Le dramaturge britannique le plus influent de sa génération n'est plus

Harold Pinter a reçu la Légion d’honneur française des mains du premier ministre de l’époque Dominique de Villepin (à droite) 
le 17 janvier 2007.
Photo: Agence France-Presse (photo) Harold Pinter a reçu la Légion d’honneur française des mains du premier ministre de l’époque Dominique de Villepin (à droite) le 17 janvier 2007.

Harold Pinter, Prix Nobel de littérature, dramaturge et écrivain britannique dont une pièce, Le Retour, était jouée en novembre dernier sur les planches du TNM, est mort la veille de Noël, à 78 ans.

On dit qu'il est l'un des dramaturges britanniques les plus applaudis dans le monde. Il a d'ailleurs été beaucoup joué au Québec. C'était aussi un militant anti-impérialiste engagé contre la guerre en Irak. En fait, l'écrivain a reçu le prix Nobel en 2005, alors qu'il s'apprêtait à cesser d'écrire pour se concentrer sur la politique. «J'utilise beaucoup de mon énergie plus particulièrement pour changer la situation politique, qui est, à mon avis, très inquiétante dans l'état actuel des choses», avait-il expliqué alors.

Il avait publié en 2003 War, un recueil de poèmes contre la guerre en Irak menée par une coalition américano-britannique. Il a refusé d'être anobli par la reine Elizabeth II et avait qualifié l'ancien premier ministre britannique Tony Blair de «pauvre idiot». Il avait cependant accepté la Légion d'honneur française.

Hier, l'homme de théâtre italien Dario Fo, Prix Nobel de littérature en 1997, a souligné l'«extraordinaire humanité» de Pinter.

«Notre théâtre est né du même besoin de dénoncer le militarisme, la guerre, la suprématie des intérêts économiques. [...] Quand je l'ai rencontré, nous avions parlé de la façon dont un certain capitalisme a défiguré le monde d'aujourd'hui», a raconté l'écrivain.

Auteur d'une trentaine de pièces de théâtre, Pinter était aussi acteur, metteur en scène, poète et scénariste pour le cinéma. Né le 10 octobre 1930 dans le quartier populaire d'Hackney, dans l'East End de Londres, fils d'un tailleur juif, Harold Pinter a été marqué par les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale. «J'ai été évacué trois fois, alors que tombaient les V2 [bombes allemandes]. Le sentiment d'être bombardé ne m'a jamais quitté», a-t-il déjà raconté.

Il a été très influencé par Samuel Beckett, dont il était aussi l'ami. Ses oeuvres mettent souvent en scène une situation apparemment innocente qui devient absurde et menaçante par l'action des personnages.

Harold Pinter souffrait d'un cancer de l'oesophage diagnostiqué en 2002. Il avait subi des séances de chimiothérapie, qu'il avait qualifiées de «cauchemar personnel». «J'ai traversé la vallée de l'ombre de la mort», avait-il dit à ce sujet.

Il avait cependant continué de travailler malgré la maladie. Son interprétation, en 2006, à Londres, du monologue de Beckett La Dernière Bande lui avait valu un succès critique. En 2007, il avait signé le scénario du film Sleuth (Le Limier), avec Jude Law et Michael Caine.

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Avec l'Agence France-Presse

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