Les Zapartistes au Métropolis - Puisqu'il vaut mieux en rire

Les Zapartistes en étaient à leurs premiers gags et le public qui remplissait le Métropolis se tapait déjà sur les cuisses. Bonne ambiance, belle salle, beau programme en perspective. Le mot d'ordre était passé: on pourrait certes en pleurer, mais vaut mieux en rire. Alors rions.

Pourtant, le portrait que dresse le groupe d'humoristes de la classe politique et des acteurs qui ont fait l'année 2008 est assez ravageur merci. Sans pitié, les Zapartistes dissèquent ce qui nourrit les journaux et téléjournaux tout au long de l'année. Ils mordent, ironisent, caricaturent, trouvent la faille dans le discours officiel pour en révéler le côté sombre.

Il n'y a parfois rien à ajouter à la matière première: John McCain déclarant que les «fondements de l'économie américaine sont solides» le jour même où tout fout le camp, c'est drôle — ou déprimant — en soi. Même chose pour ce témoin dans l'affaire Mulroney-Schreiber, qui n'a assisté qu'à un seul échange d'argent. Lequel? «Le premier...».

Autrement, il suffit de peser un peu sur le crayon pour que le ridicule des situations ressorte de lui-même: Philippe Couillard rejoignant un secteur privé qu'il combattait quelques semaines plus tôt. Ou Remstar qui, spécialistes des vidanges, «donne enfin un propriétaire à l'image de la télépoubelle » que serait TQS.

Zap 2008 est ainsi beaucoup une succession de bonnes lignes (Margaret Thatcher, la dame de rouille), balancées avec rythme dans cette ambiance cabaret bon franquette qui sert mieux le groupe dans un format revue de l'année qu'au cours d'une tournée régulière, où le recours au lutrin est plus handicapant.

Mais c'est vraiment dans la caricature que les Zapartistes se révèlent au mieux de leur forme. Au-delà de l'imitation, on dira que celle-ci se base sur le discours pour décomposer le personnage en accentuant les traits les plus révélateurs. C'est incisif et percutant façon Zapartistes.

Pratiquement tout le monde y passe: une Pauline Marois châtelaine toute fière de voir que personne ne comprend sa position sur un référendum. Un Mario Dumont au côté adolescent exacerbé qui tente d'expliquer que ses députés savent maintenant épeler ADQ et sont prêts à gouverner. Une Michaëlle Jean franchement impériale qui rappelle que c'est avec émotion qu'elle est émue. Un Stephen Harper Playmobil lisse en dehors, mais tellement rugueux en dedans.

Neuf fois sur dix, les cibles visées sont atteintes: les Zapartistes font rire, mais aussi réfléchir. Un sketch sur le 400e de Québec est le prétexte pour faire parler un autochtone spolié de son territoire parce qu'il n'avait pas «découvert» où il habitait. Un autre sur la francisation révèle la profondeur du malaise identitaire linguistique.

C'est cet humour engagé et engageant que proposent une fois de plus les Zapartistes: on pourrait lister longtemps la liste des bons coups déclinés hier, mais comme on a manqué le meilleur (les mois d'octobre, novembre et décembre, heure de tombée obligeant un départ précipité avant les sorties de scènes des Dumont, Dion et Derome, ou les péripéties d'Ottawa) et qu'un punch est un punch, on laisse la découverte à l'avenant.

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Zap 2008, au Métropolis ce soir, de même que les 26, 27 et 28 décembre

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