25 ans d'archivage derrière nous

Carol Couture, directeur des archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec en compagnie de Lise Bissonnette, présidente-directrice-générale du même organisme.
Photo: Jacques Grenier Carol Couture, directeur des archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec en compagnie de Lise Bissonnette, présidente-directrice-générale du même organisme.

Elles contiennent toute notre histoire. Pourtant, nous les avons longtemps laissées à elles-mêmes. La fin de l'année 2008 marque en effet le 25e anniversaire de la Loi sur les archives nationales, qui, depuis 1983, oblige tous les organismes publics à procéder à un tri ordonné de leurs archives et à leur appliquer une politique de conservation. Un anniversaire tout jeune, si l'on calcule l'âge des archives en général. Mais qui survient aussi en même temps qu'un regain d'intérêt pour les archives, qu'elles soient photographiques, journalistiques, institutionnelles, personnelles ou industrielles.

L'exercice peut avoir de grands mérites, comme l'expliquaient cette semaine Lise Bissonnette, présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), et Carol Couture, directeur des archives de l'organisme. Lorsque le viaduc de la Concorde s'est effondré par exemple, les membres de la commission chargée de faire la lumière sur sa construction ont épluché près de 750 boîtes pour retrouver les méthodes et les matériaux d'érection de l'édifice. Si plusieurs documents ont servi aux enquêteurs, certains manquaient à l'appel, qui auraient été présents si la Loi sur les archives nationales avait été en vigueur à l'époque de la construction de l'édifice.

Mais archiver ne signifie pas tout classer, bien au contraire. C'est plutôt d'élaguer qu'il s'agit. Et Carol Couture estime qu'on ne doit conserver en tout, au fil des ans, que 5 % des documents qui nous passent entre les mains. L'idée, c'est de les trier avant que, confronté à un manque d'espace, on ne soit tenté de les jeter au complet sans même les consulter.

Aujourd'hui, Bibliothèque et Archives nationales du Québec gère neuf centres d'archives, un peu partout sur le territoire du Québec. BAnQ soutient aussi 33 centres affiliés, qui procèdent à l'archivage de données de façon privée. Il y a d'ailleurs une explosion de demandes pour l'implantation de ces centres d'archives, raconte Lise Bissonnette. Don de collections privées ou de fonds d'archives d'entreprise s'assemblent patiemment pour reconstruire une partie de la mémoire québécoise, pour le bonheur de tous. Car les documents d'un seul photographe, ayant beaucoup photographié son village, peuvent faire toute la différence dans la perception qu'a une communauté d'elle-même.

Parallèlement à ses activités auprès des organismes publics, BAnQ encourage fortement certains groupes à se responsabiliser envers leur patrimoine. On cible entre autres les entreprises, celles qui sont toujours fonctionnelles et qui sont souvent le coeur même de la vie d'une région, mais aussi celles qui ont fermé leurs portes. On cible aussi les communautés religieuses, dont plusieurs accusent un déclin très prononcé et qui devront assurer la pérennité de leur patrimoine. Les communautés religieuses ont par ailleurs été parmi les premières à développer l'archivistique au Québec, précise M. Couture. Les communautés autochtones sont également très encouragées à se responsabiliser par rapport à leurs archives. Ce n'est pas une tâche facile compte tenu de la diversité et de la dispersion des communautés.

Enfin, Bibliothèque et archives nationales du Québec encourage les familles à constituer et à gérer leurs propres archives. Et en cette ère de numérisation tous azimuts, divers problèmes se posent. Qui sait si le support actuel des photos de famille sera encore valide dans dix ans, cinq ans, voire l'an prochain? Ici encore, donc, le maître-mot de l'archivage est «choisir». Choisir la photo la plus réussie d'une fête, par exemple, et l'imprimer soigneusement sur papier pour la conserver.

Car le papier est encore aujourd'hui, avec le microfilm, l'un des supports les plus résistants au passage des ans. Et la révolution numérique s'est à ce jour beaucoup plus penchée sur la diffusion que sur la conservation des informations. Mais les recherches se poursuivent à ce sujet et M. Couture est tout à fait confiant que des supports numériques durables seront élaborés sous peu. Car selon lui, on n'assiste pas, avec la numérisation, à un simple incident de l'histoire. Le passage à la numérisation, dit-il, se compare à l'invention du papier, traversé par l'humanité il y a des milliers d'années.

Quant à la présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, qui en est aussi l'instigatrice et la fondatrice, Lise Bissonnette, elle a confirmé au cours de l'entrevue que son mandat arrivait à échéance le 4 mars prochain et qu'elle n'avait pas demandé à ce qu'il soit renouvelé. Le gouvernement du Québec devrait donc chercher à lui trouver une remplaçante ou un remplaçant au cours de la prochaine année.