Bénévole d'affaires - « Il est facile d'être utile »

Après Montréal en 2006, le Théâtre du Grand Jour a présenté à Paris en juin dernier Cette fille-là, avec Sophie Cadieux dans le rôle-titre.
Photo: Après Montréal en 2006, le Théâtre du Grand Jour a présenté à Paris en juin dernier Cette fille-là, avec Sophie Cadieux dans le rôle-titre.

Bien que l'idée soit acceptée de tous, la mariage entre le milieu des affaires et le milieu artistique n'est pas toujours évident, les deux mondes se connaissant parfois mal. C'est pour faire le pont et faciliter les rencontres qu'est né Bénévole d'affaires.

Créé il y a tout juste deux ans, Bénévole d'affaires, un organisme à but non lucratif fondé par Ugo Dionne et Marie-Pierre Dufour, a justement pour but de favoriser les rencontres entre les personnes d'affaires désireuses de faire du bénévolat et les organismes culturels qui en cherchent.

«Je n'ai rien inventé, puisque ce genre d'organisme existe ailleurs, explique Ugo Dionne, qui est aussi président de l'entreprise SYNESIS. C'est lors de mon passage à la Jeune Chambre de commerce de Montréal que je me suis rendu compte du besoin. Les gens d'affaires voulaient certes créer des réseaux entre eux, mais ils voulaient aussi laisser des traces dans la communauté.»

Fait à noter, les bénévoles qui participent à l'aventure n'ont pas pour mission de remplacer les professionnels habituellement embauchés par l'organisme. «Ce n'est pas leur tâche de faire la comptabilité à la place du comptable. Leur mandat est surtout de siéger au conseil d'administration de l'organisme et parfois d'agir comme expert-conseil pour certains projets, comme la mise en place d'un plan de communications. Ils sont là pour partager leurs connaissances, leur gros bon sens et évidemment leurs réseaux.»

Comment ça fonctionne ?

Les personnes d'affaires intéressées à devenir bénévoles doivent d'abord s'inscrire auprès de Bénévole d'affaires, ce qu'elles peuvent faire dans le site Internet de l'organisme. Ensuite, on communiquera avec elles afin de les interviewer. «Cette entrevue est très importante. Elle nous permet de bien identifier les causes qui passionnent cette personne. Ainsi, on peut mieux la jumeler avec un organisme dans lequel elle pourra s'engager davantage et pour une plus longue période. Elle sera aussi plus intéressée à mettre l'épaule à la roue.»

La seconde étape consiste à présenter cette personne à un organisme susceptible de lui convenir. «Mais ici, rien n'est assuré. On agit comme un entremetteur, une sorte d'agence de rencontres. C'est aux deux parties de convenir si le jumelage est le bon.»

Présentement, Bénévole d'affaires peut compter sur une banque d'environ 650 bénévoles inscrits. Depuis deux ans, l'organisme a procédé à environ 230 placements. «Notre taux de placement est actuellement de cinq maillages par semaine, ce qui est le rythme de croisière que nous souhaitions. Mais ce n'est pas le nombre de maillages qui compte, mais plutôt la qualité de ceux-ci.»

Bénévole d'affaires a deux employés à temps plein et est financé par Centraide et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. L'organisme compte aussi pour partenaire le Conseil des arts de Montréal. «Une bonne partie des organismes culturels qui nous contactent sont dans la banque du Conseil des arts.» Soulignons aussi que Bénévole d'affaires ne se limite pas au seul secteur culturel, mais comprend aussi le secteur communautaire. «En plus de la culture, nous nous intéressons aussi à d'autres causes, comme les enfants et la famille, la santé, les sports et les loisirs.»

Être bénévole

Mathieu Courtat est à l'emploi de la firme Samson Bélair Deloitte et Touche, pour laquelle il conseille les grandes entreprises en stratégies de gestion et en technologies de l'information. Il siège aussi depuis peu au conseil d'administration du Théâtre du Grand Jour. «Cela faisait un certain temps que je songeais à faire du bénévolat, mais je n'avais pas agi avant de décider de m'inscrire auprès de Bénévole d'affaires.»

De plus, Mathieu Courtat avait des exigences. «D'une part, mon travail m'amène à voyager beaucoup à l'étranger, ce qui limite ma disponibilité. Ensuite, je tenais à m'engager dans un organisme pour lequel l'éducation est importante. De plus, je voulais que mon engagement se fasse dans un certain plaisir. Bénévole d'affaires m'a proposé plusieurs maillages, mais aucun ne me convenait avant de rencontrer les gens du Théâtre du Grand Jour.» Rappelons que le Théâtre du Grand Jour se spécialise dans un théâtre socialement engagé et que ses productions, comme Cette fille-là, sont aussi des oeuvres de sensibilisation. «Je n'aurais pas d'abord pensé à une troupe de théâtre, parce qu'il est souvent difficile pour celui qui exerce un métier d'affaires d'avoir une connaissance du milieu culturel. Mais je partage parfaitement les objectifs du Théâtre du Grand Jour.»

Quant à Hugo Couturier, président par intérim du conseil d'administration du Théâtre du Grand Jour, il cherchait la perle rare. «Nous étions à revoir notre modèle de gouvernance et nous voulions passer d'un conseil d'administration essentiellement composé d'artistes à un conseil d'administration où il y aurait une présence accrue de gens d'affaires. Bénévole d'affaires nous a permis d'en rencontrer. Après quelques tentatives infructueuses, nous avons eu la chance de rencontrer Mathieu Courtat et il était exactement celui que nous cherchions. Il était tout à fait en accord avec l'orientation que nous donnons à notre travail de théâtre. Dans cette aventure, il ne faut pas oublier que l'on se choisit mutuellement.»

Selon Mathieu Courtat, ce genre de maillage aurait été difficile sans l'existence de Bénévole d'affaires. «Dans mon cas, Bénévole d'affaires a joué un rôle de catalyseur et d'accélérateur. C'est un service que je recommande à toutes les personnes d'affaires qui seraient tentées par le bénévolat.»

Des mots qui font sans aucun doute plaisir à Ugo Dionne. «Les gens d'affaires ont des compétences qu'ils veulent bien partager, mais ils ne se rendent pas compte comment au fond il est facile d'être utile. Par exemple, une personne qui travaille en relations humaines ne voit pas toujours combien une simple rencontre occasionnelle avec le directeur général d'un organisme peut être importante pour ce dernier, habitué à travailler seul ou à peu près. De plus, le bénévole s'enrichit et il découvre des êtres passionnés.» S'il est possible d'en faire plus, Ugo Dionne en fera, et Bénévole d'affaires pourrait à l'avenir prendre plus d'ampleur. «Ce qui est encourageant, c'est que ceux qui ont terminé un mandat en demandent un autre. C'est le signe que nous sommes sur la bonne voie.»

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Collaborateur du Devoir

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