Soutien privé aux arts - Il faut « mobiliser pleinement toutes les forces vives de la société montréalaise »

Simon Brault, président de Culture Montréal, s’adressant aux participants durant le Rendez-vous novembre 2007 — Montréal culturelle, qui réunissait non seulement des gens du milieu artistique, mais aussi des représentants d’entreprises ou de f
Photo: Pascal Ratthé Simon Brault, président de Culture Montréal, s’adressant aux participants durant le Rendez-vous novembre 2007 — Montréal culturelle, qui réunissait non seulement des gens du milieu artistique, mais aussi des représentants d’entreprises ou de f

L'un des objectifs du Rendez-vous novembre 2007 — Montréal, métropole culturelle était de mobiliser le secteur privé, indique Simon Brault, président de Culture Montréal. Selon lui, l'événement a créé un élan, qui doit être maintenu.

Le Rendez-vous novembre 2007 — Montréal, métropole culturelle a réuni non seulement des gens du milieu artistique, mais aussi des représentants d'entreprises ou de fondations et des mécènes, en plus de personnes issues des milieux gouvernementaux ou communautaires. La mobilisation de gens du secteur privé à l'occasion de cet événement a changé beaucoup de choses, estime Simon Brault, président de Culture Montréal.

M. Brault fait valoir que plusieurs personnes du milieu des affaires ont depuis lors parlé de Montréal comme ville internationale en évoquant sa dimension culturelle. Il souligne que certains projets, notamment liés au Quartier des spectacles, ont pu avancer en partie grâce à un soutien privé. Il indique également que plusieurs personnes lui ont dit avoir rencontré, lors du Rendez-vous, des gens d'affaires qui ont accepté de faire partie du conseil d'administration de leur compagnie artistique. «Je trouve que c'est un bon signe, parce que je suis convaincu que Montréal ne pourra pas se hisser, se maintenir au rang des grandes métropoles culturelles s'il n'y a pas une participation constante du secteur privé», dit le président de Culture Montréal, ajoutant que les gens d'affaires peuvent non seulement donner des fonds, mais aussi faire bénéficier des compagnies artistiques de leur expertise et de leurs réseaux.

«Je pense que cette notion-là de Montréal, métropole culturelle est sortie d'un petit cercle au moment du Rendez-vous. Maintenant, elle est partagée par beaucoup plus de gens, tant aux niveaux politique et médiatique que dans le secteur privé», affirme-t-il.

Joanne Papineau, directrice régionale des relations publiques des hôtels Fairmont pour l'Est du Canada, était l'une des représentantes d'une entreprise privée présente au Rendez-vous novembre 2007. Elle y avait annoncé la volonté de l'hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth de créer un programme de résidence d'écrivain. L'hôtel accueille ce mois-ci son premier auteur en résidence, le Français Christophe Donner. Mme Papineau affirme que, si le Rendez-vous n'avait pas eu lieu, le programme aurait quand même été mis sur pied, mais pas aussi rapidement. «C'est vraiment l'élan qu'il me fallait pour mettre le projet en branle.»

Plan d'action

Le plan d'action 2007-2017 Montréal, métropole culturelle a été entériné lors du Rendez-vous. Il y est question d'améliorer l'accès à la culture, d'investir dans les arts et la culture, d'enrichir la qualité culturelle du cadre de vie, de favoriser le rayonnement de Montréal au Canada et à l'étranger et de fournir à Montréal les moyens d'une métropole culturelle. L'une des stratégies d'intervention retenues consiste à encourager «des partenariats entre milieux culturels et d'affaires, de manière à accroître la participation financière du secteur privé, l'échange de compétences et le bénévolat».

Outre le président de Culture Montréal, des ministres québécois et canadiens, le maire de Montréal et la personne à la tête de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le comité de pilotage du Plan d'action 2007-2017 Montréal, métropole culturelle comprend trois personnes issues du secteur privé: Diane Giard, première vice-présidente pour la région du Québec et de l'Est de l'Ontario à la Banque Scotia, Jacques Parisien, président d'Astral Media Radio et Astral Media Affichage, et Javier San Juan, président-directeur général de L'Oréal Canada. Le président du comité de pilotage, Simon Brault, avait déclaré en mai dernier que le comité souhaitait «une présence significative du secteur privé [...] afin de mobiliser pleinement toutes les forces vives de la société montréalaise».

Engagement des gens d'affaires

François Colbert, professeur aux HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion des arts Carmelle-et-Rémi-Marcoux, note que le financement privé des arts au Québec est plus important aujourd'hui qu'il y a 20 ou 25 ans. Il n'a toutefois pas l'impression que le Rendez-vous 2007 a eu beaucoup d'incidence sur la mobilisation et l'engagement du milieu des affaires montréalais en faveur des arts. «Il y a une différence entre la PDG de la Chambre de commerce qui tient un discours et le membership.» Le professeur affirme néanmoins que le Rendez-vous a eu «un bel impact médiatique». «Il y a peut-être eu de la sensibilisation et peut-être que les fruits vont se cueillir sur un horizon à long terme, parce que ce sont des choses qui bâtissent une mentalité et des préférences.»

M. Colbert affirme que, au Québec, la population et les entreprises ont plutôt tendance à se fier à l'État pour soutenir les arts, alors qu'il existe une tradition de financement privé de la culture au Canada anglais et aux États-Unis. Il souligne que les compagnies artistiques sont en concurrence avec les hôpitaux, les universités et des fondations de toutes sortes pour obtenir des dons du secteur privé. Il fait aussi valoir que le Québec est l'un des endroits en Amérique du Nord où le niveau des taxes et des impôts est le plus élevé. «J'ai l'impression que bien des entreprises trouvent qu'elles font déjà leur part.» Le professeur mentionne que la richesse d'une société a aussi une incidence sur le financement privé des arts. «Plus l'État ou la province est riche, plus il y a d'argent privé.» M. Colbert note également que l'art n'est pas vu comme un besoin de base. Il affirme que les gens du secteur privé qui s'engagent en faveur des arts le font principalement parce qu'ils aiment la cause.

Effets potentiels de la crise

Clothilde Cardinal, codirectrice artistique et générale de Danse Danse, indique quant à elle que beaucoup de personnes du milieu des affaires étaient présentes au Rendez-vous 2007, «et pas seulement des gens qu'on est habitué de voir dans ce genre de grand-messe». Elle croit que l'organisme en danse contemporaine qu'elle codirige a le profil voulu pour aller chercher un financement privé. Elle souligne qu'il n'a toutefois que dix ans et elle estime que le Rendez-vous a contribué à le faire connaître davantage. Elle indique que l'organisme bénéficie de commandites de services, mais qu'il n'a pas par ailleurs de commanditaires majeures pour le moment. «On ne désespère pas. C'est sûr que la situation économique, l'incertitude, va peut-être mettre un bémol à nos efforts actuels.»

La direction de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a pour sa part bon espoir d'atteindre ses objectifs de financement privé pour l'exercice en cours, qui se terminera le 31 mai. «Pour l'instant, la crise financière ne nous a pas encore atteints. On l'anticipe, par contre», indique Madeleine Careau, chef de la direction de l'OSM. L'OSM prévoit limiter ses dépenses pour éviter de se retrouver en déficit au cas où les objectifs de financement privé ne seraient pas atteints l'année prochaine.

Danielle Champagne, directrice de la Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal, croit que la crise économique aura une incidence sur le soutien privé aux arts. «Par contre, actuellement, les gens vont plutôt nous dire: "Est-ce qu'on peut échelonner nos paiements sur une plus longue période?" Mais on ne sent pas un désintérêt ou une démobilisation.»

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Collaboratrice du Devoir

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